Au Portugal, le prix moyen d’une chambre peut fermer les portes de l’université
À l’approche de la rentrée, la pénurie de résidences et le manque d’aides transforment la quête d’un logement étudiant en parcours d’obstacles. Pour de nombreux jeunes, cela revient désormais à choisir entre un diplôme et un toit..
À l'approche de la rentrée universitaire 2026, le Portugal fait face à une crise majeure du logement étudiant. La pénurie de résidences universitaires et le manque d'aides financières transforment la recherche d'une chambre en un parcours semé d'embûches. Pour de nombreux jeunes, cette situation équivaut à devoir choisir entre poursuivre des études supérieures ou disposer d'un toit. Cette crise n'est pas limitée à une seule ville : elle touche Lisbonne, Porto et Coimbra, trois pôles universitaires majeurs du pays. Les témoignages recueillis par les associations étudiantes et les médias locaux révèlent une réalité alarmante, où le logement devient le principal obstacle à l'accès ou au maintien dans l'enseignement supérieur au Portugal.
Les associations étudiantes portugaises, comme l'Association académique de Coimbra et la Fédération académique de Lisbonne, recueillent des témoignages qui illustrent l'ampleur de la crise. À Coimbra, près d'un étudiant sur quatre a envisagé d'abandonner ses études faute de pouvoir assumer le coût d'un logement. À Lisbonne, des étudiants rapportent régulièrement des phrases comme "J'ai perdu mon logement, mon propriétaire va louer à quelqu'un d'autre", reflétant l'instabilité et l'insécurité des locataires. Ces situations poussent les jeunes à prendre des décisions difficiles, comme renoncer à une formation ou accepter des conditions de vie précaires pour poursuivre leurs études.
Les résidences universitaires publiques, destinées à loger les étudiants éloignés de leur domicile familial, sont en nombre insuffisant. À Lisbonne, par exemple, seulement 3 500 lits publics sont disponibles pour répondre aux besoins de 60 000 étudiants déplacés, soit un ratio d'un lit pour 17 étudiants. Cette pénurie force la majorité des étudiants à se tourner vers le marché privé, où les prix sont élevés et les conditions souvent précaires. À Porto, 51 % des étudiants ayant demandé une chambre en résidence publique n'ont pas obtenu de place, et 68 % ne bénéficient d'aucune aide au logement. Ces chiffres soulignent l'incapacité des pouvoirs publics à répondre à la demande croissante.
Le logement ne se contente plus d'influencer la vie quotidienne des étudiants : il détermine désormais leurs parcours universitaires. À Coimbra, plus d'un étudiant sur deux affirme que le coût ou la disponibilité d'un toit a pesé sur le choix de sa ville ou de son établissement. Certains renoncent à intégrer une université réputée mais chère, tandis que d'autres optent pour des formations moins prestigieuses mais plus accessibles financièrement. Cette situation crée une inégalité territoriale et sociale, où les étudiants issus de milieux modestes sont les plus touchés par cette crise.
Selon l'Observatoire du logement étudiant cité par le journal Expresso, le prix moyen d'une chambre au Portugal s'élève à 437 € par mois en 2026. Ce montant représente près de 20 % du revenu moyen d'une famille portugaise, ce qui le rend inaccessible pour de nombreux étudiants. Les loyers sans contrat ni reçu sont également monnaie courante, exposant les locataires à des risques juridiques et financiers. Cette situation aggrave la précarité des étudiants, qui doivent souvent consacrer une part importante de leur budget à se loger, au détriment d'autres dépenses essentielles comme l'alimentation ou les livres.
Face à cette crise, les réponses des autorités publiques restent limitées et tardives. Les associations étudiantes dénoncent un manque d'investissement dans les résidences universitaires et un système d'aides au logement insuffisant. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : à Porto, 68 % des étudiants ne reçoivent aucune aide, tandis qu'à Coimbra, plus de la moitié des étudiants déclarent que le logement a influencé leur choix d'études. Les pouvoirs publics sont pointés du doigt pour leur inaction, alors que la crise du logement étudiant menace l'équité et l'accès à l'éducation supérieure au Portugal.

