Non, la charge d’intérêts de la dette n’est pas le premier poste de dépenses publiques en France
La dette publique coûtera 79,2 milliards d’euros en 2026, moins que les retraites, l’assurance maladie ou l’éducation. Mais la hausse des taux place la France au seuil de vigilance des agences de notation..
En 2026, la dette publique de la France atteint 3 600 milliards d’euros, ce qui représente 119 % du produit intérieur brut (PIB), selon l’Insee. Le PIB correspond à la valeur totale de tous les biens et services produits dans le pays sur une année. Cette dette génère une charge d’intérêts de 79,2 milliards d’euros pour l’année 2026, selon les projections du ministère des Finances. Roland Lescure, ministre de l’Économie et des Finances, a récemment affirmé que cette charge d’intérêts était devenue le premier poste de dépenses de l’État, devant ceux de l’éducation ou de la défense. Cependant, cette affirmation mérite d’être nuancée, car elle dépend de la façon dont on regroupe les dépenses publiques.
Si l’on considère l’ensemble des dépenses publiques en France, la charge d’intérêts de la dette (79,2 milliards d’euros en 2026) n’est pas le premier poste de dépenses. En effet, les dépenses publiques totales s’élèvent à environ 1 700 milliards d’euros cette année. Parmi les autres postes majeurs, on trouve les retraites, l’assurance maladie et l’éducation, qui représentent des montants bien plus élevés que les intérêts de la dette. Par exemple, les exonérations de cotisations sociales s’élèvent à 88,4 milliards d’euros en 2026. Le déficit des retraites, estimé à 0,2 % du PIB pour un déficit public total de 5,4 % du PIB, illustre également l’importance relative des autres dépenses.
L’article rappelle que la charge des intérêts de la dette a varié considérablement au fil du temps. Entre 1820 et 1920, elle représentait entre 20 % et 35 % des dépenses publiques, avec un pic historique à plus de 40 % en 1926, lors d’une crise monétaire majeure. Après la Seconde Guerre mondiale, avec le développement de l’État-providence, ce ratio a chuté à un peu plus de 1 % au début des années 1970. Dans les années 1990, il a atteint 6,7 %, avant de redescendre à 2,3 % en 2020. En 2026, avec l’accumulation des déficits, ce ratio est estimé à 4,6 % des dépenses publiques, soit une hausse significative par rapport aux décennies précédentes.
Une autre façon d’évaluer la charge de la dette est de la comparer aux recettes publiques, c’est-à-dire aux ressources financières dont dispose l’État. Les agences de notation, qui évaluent la capacité des pays à rembourser leurs dettes, considèrent qu’un ratio charge d’intérêts/recettes publiques supérieur à 5 % doit alerter. Selon les projections pour 2026, la France devrait atteindre ce seuil. Cette situation s’explique par l’augmentation rapide de la dette publique, la hausse des taux d’intérêt et des tensions sur les marchés financiers, qui rendent l’emprunt plus coûteux.
Si la France conserve la capacité de payer ses créanciers, la hausse des taux d’intérêt et l’accumulation de dette pourraient entraîner un *effet boule de neige*, où les intérêts de la dette deviennent si élevés qu’ils aggravent encore le déficit. Cela risquerait de contraindre l’État à adopter une politique d’austérité, c’est-à-dire des mesures drastiques de réduction des dépenses publiques, sur plusieurs années. Une telle politique pourrait avoir des conséquences sociales importantes, en fragilisant les services publics et les protections sociales. Le contexte actuel montre que la France doit surveiller de près sa dette pour éviter une spirale négative.

