Joseph Wresinski (1917-1988), éradiquer la misère
Né dans la misère, Joseph Wresinski a dédié sa vie à la lutte contre la pauvreté. Avec le mouvement ATD Quart Monde, créé au sein du bidonville de Noisy-le-Grand en 1957, il en a fait une question de droit, portée jusqu’au palais de l’Élysée et aux Nations unies..
Joseph Wresinski naît en 1917 dans un milieu marqué par la pauvreté. Cette expérience personnelle le pousse à consacrer sa vie à la lutte contre la misère. En 1957, il fonde le mouvement Aide à toute détresse, renommé plus tard ATD Quart Monde, au sein du bidonville de Noisy-le-Grand en région parisienne. Ce camp d’urgence, créé en 1954, regroupe des familles reléguées dans des conditions précaires. Wresinski, prêtre catholique, choisit de s’installer parmi elles pour comprendre leur réalité. Son approche se distingue par une volonté de ne pas imposer des solutions, mais de travailler avec les personnes concernées, en valorisant leur dignité et leurs aspirations. Il rejette les aides caritatives traditionnelles, qu’il juge humiliante, pour privilégier des actions culturelles et sociales, comme des concours de balcons fleuris ou des ateliers de beauté.
Joseph Wresinski considère que la pauvreté ne se réduit pas à un manque matériel, mais qu’elle inclut une dimension d’humiliation et de déshonneur. Il s’oppose fermement à la pyramide des besoins, une théorie selon laquelle les besoins physiologiques (manger, dormir) priment sur les besoins psychologiques ou sociaux (estime de soi, culture). Pour lui, ces derniers sont tout aussi essentiels à la dignité humaine. Dans le bidonville, il organise des activités culturelles comme le théâtre, avec une pièce inspirée d’Antigone de Sophocle. Cette tragédie grecque, où une femme défie l’autorité pour enterrer son frère, résonne avec la situation des habitants, dont les proches sont parfois refusés à l’enterrement par les autorités. Ces initiatives visent à restaurer la fierté et l’identité des personnes pauvres.
En 1957, Joseph Wresinski fonde officiellement le mouvement Aide à toute détresse, qui devient ATD Quart Monde en 1964. Le terme Quart Monde désigne les populations exclues des trois autres mondes (pays développés, pays en développement, pays socialistes). Dès ses débuts, le mouvement associe des bénévoles, d’anciens résistants, des diplomates et des chercheurs pour analyser les mécanismes de la pauvreté. Wresinski ambitionne de porter la cause des plus pauvres jusqu’aux plus hautes instances politiques. Son objectif est de faire reconnaître la pauvreté comme une violation des droits humains. Cette approche collective et militante marque une rupture avec les actions caritatives traditionnelles, en plaçant les personnes concernées au cœur de la réflexion et de l’action.
En 1987, Joseph Wresinski réalise une avancée majeure en s’adressant à la Commission des droits de l’homme des Nations unies à Genève. Il y demande la reconnaissance officielle de l’extrême pauvreté comme une violation des droits humains. Quelques mois plus tard, le 17 octobre 1987, un rassemblement historique a lieu sur la dalle du Trocadéro à Paris, réunissant 100 000 militants. Ce jour est choisi pour graver dans la mémoire collective la phrase : « Là où les hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré. » Cette date deviendra la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté. Wresinski meurt quelques mois après, en 1988, mais son combat laisse une empreinte durable sur les politiques sociales.
L’action de Joseph Wresinski et d’ATD Quart Monde a contribué à des changements législatifs majeurs en France. Le *Revenu minimum d’insertion* (RMI), ancêtre du *Revenu de solidarité active* (RSA), est instauré en 1988. La *Couverture maladie universelle* (CMU) et le *droit au logement opposable* (DALO) sont également créés, s’appuyant sur les travaux menés par le mouvement. Ces mesures visent à garantir un filet de sécurité sociale pour les personnes les plus vulnérables. Par ailleurs, la *Journée du 17 octobre* est désormais célébrée chaque année pour sensibiliser à la pauvreté et rappeler que les droits humains doivent s’appliquer à tous, sans exception. Ces avancées illustrent l’impact concret de la lutte contre la misère sur les politiques publiques.

