« Ça s'est accéléré depuis le Covid » : les refuges de montagne en plein boom de fréquentation
[Le renouveau de la rando 2/4] Les refuges font face à une surfréquentation inédite depuis 2020. L'arrivée de ces nouveaux randonneurs, qui connaissent parfois mal les codes de la montagne, est toutefois vécue de manière positive par les gardiens.
Les refuges de montagne en France connaissent une fréquentation record depuis la pandémie de Covid-19, avec une augmentation significative du nombre de randonneurs. Par exemple, le refuge du Goûter, situé sur le Mont-Blanc à 3 835 mètres d'altitude, a enregistré une hausse de 30 % de sa fréquentation entre 2019 et 2022. Ces structures, souvent gérées par des associations comme la Fédération française des clubs alpins et de montagne (FFCAM), sont conçues pour offrir un hébergement rudimentaire aux randonneurs en haute montagne. Leur capacité d'accueil, généralement limitée à quelques dizaines de places, est désormais souvent dépassée, ce qui pose des problèmes logistiques et de sécurité. Les refuges fonctionnent selon un système de réservation obligatoire, mais la demande dépasse désormais largement l'offre disponible.
Plusieurs facteurs expliquent cette augmentation soudaine de la fréquentation. D'abord, la pandémie de Covid-19 a poussé de nombreux Français à se tourner vers des activités en plein air, perçues comme plus sûres et moins exposées aux risques de contamination. Ensuite, l'engouement pour la randonnée en montagne s'est renforcé, encouragé par des campagnes de promotion des activités outdoor et par la recherche d'espaces naturels préservés. Enfin, les conditions météorologiques plus favorables ces dernières années, avec des étés plus longs et moins pluvieux, ont également joué un rôle. Les refuges, situés dans des zones comme les Alpes, les Pyrénées ou le Massif central, attirent désormais un public plus large, incluant des néophytes peu préparés aux contraintes de la haute montagne.
La gestion des refuges est confrontée à des défis majeurs en raison de cette affluence record. Les bénévoles, souvent membres de clubs alpins ou de la FFCAM, assurent l'entretien et l'accueil, mais leur nombre reste insuffisant pour faire face à la demande. Certains refuges, comme celui du Goûter, ont dû limiter les réservations ou instaurer des quotas pour éviter la surpopulation. Les conditions de vie dans ces refuges, souvent dépourvus d'électricité ou d'eau courante, se dégradent avec l'augmentation du nombre de visiteurs. Par ailleurs, les secours en montagne, comme la Gendarmerie nationale ou les sapeurs-pompiers, sont sollicités plus fréquemment pour des interventions liées à des accidents ou des problèmes de santé chez les randonneurs.
L'afflux massif de randonneurs dans les refuges a des conséquences environnementales et sociales. Les déchets laissés par les visiteurs, notamment dans les zones reculées, posent des problèmes de pollution et de préservation des écosystèmes. Les refuges, souvent situés dans des parcs nationaux ou des réserves naturelles, doivent composer avec cette pression accrue, ce qui peut nuire à la biodiversité locale. Sur le plan social, l'augmentation du nombre de randonneurs a également un impact sur les habitants des vallées, avec des tensions liées à l'accès aux ressources (eau, électricité) ou à la hausse des prix dans les commerces locaux. Certains villages de montagne, comme Chamonix ou Saint-Gervais, voient leur fréquentation touristique exploser, ce qui modifie profondément leur économie et leur mode de vie.
Face à cette situation, plusieurs pistes sont explorées pour mieux gérer la fréquentation des refuges. La FFCAM, qui gère une grande partie de ces structures, envisage d'agrandir certains refuges ou d'en construire de nouveaux pour augmenter leur capacité d'accueil. Une meilleure information des randonneurs sur les risques et les bonnes pratiques en montagne est également envisagée, notamment via des campagnes de sensibilisation. Certains refuges testent des systèmes de réservation plus stricts ou des tarifs différenciés pour limiter l'afflux aux périodes de pointe. Enfin, des discussions sont en cours avec les collectivités locales pour améliorer la gestion des déchets et des ressources dans les zones de montagne, afin de préserver ces espaces naturels.

