Pourquoi aime-t-on autant se construire des cabanes quand on est enfant?
Que nous disent les cabanes des imaginaires de l'enfance et comment permettent-elles aux plus jeunes de se sentir petit à petit dans la nature comme chez eux?.
Les cabanes fascinent les enfants comme les adultes, bien au-delà de leur simple fonction d'abri. Selon Dominique Bachelart, chercheuse en sciences de l'éducation, le terme cabane désigne tout espace où l'on s'abrite, qu'il s'agisse d'une simple hutte en branchages, d'un creux dans un arbre ou d'un refuge éloigné des habitations. Ces constructions, souvent éphémères, stimulent l'imagination et invitent à la rêverie. Elles ne sont pas réservées à un contexte particulier : on les trouve dans les forêts, les jardins, les parcs ou même à la plage, sous forme de châteaux de sable ou de tracés de coquillages. Leur attrait réside dans leur capacité à créer un territoire personnel, où l'enfant peut s'approprier l'espace selon ses besoins et ses envies, tout en se rapprochant de la nature.
Les cabanes jouent un rôle dans l'éducation depuis le début du XXe siècle, notamment grâce aux mouvements d'éducation populaire. Ces courants pédagogiques utilisaient les abris de loisirs pour enseigner des compétences collectives, comme le vivre-ensemble. Par exemple, le scoutisme transmet le froissartage, un ensemble de techniques pour assembler du bois avec de la corde et construire des cabanes ou du mobilier. Ces activités visaient à développer l'autonomie, la créativité et le sens pratique des enfants. Aujourd'hui, ces principes restent d'actualité, même si les contextes ont évolué.
Une étude menée par Valentin Alibert, doctorant en géographie, a analysé comment des enfants de 6 à 11 ans aménagent des cabanes dans une forêt près de Bordeaux. Ces constructions, bien que souvent discrètes, révèlent une appropriation profonde de l'espace. Par exemple, une fillette de 7 ans a transformé un bosquet en un territoire personnel : elle y a installé une sonnette en branche de pin, une chambre avec un lit en aiguilles de pin, et même un feu symbolisé par des morceaux de bois. Ces aménagements, bien que simples, reflètent ses besoins, ses valeurs et son imagination. La cabane devient ainsi une œuvre intime qui lui permet de se sentir chez elle, même temporairement.
Les enfants accordent une grande importance aux végétaux dans la construction de leurs cabanes. Ils sélectionnent des branches, des feuilles ou de la mousse pour créer des éléments fonctionnels ou décoratifs. Par exemple, des aiguilles de pin peuvent servir de pièges ou de suspensions, tandis que des fougères deviennent des canapés. Certains végétaux, comme le houx, prennent une signification particulière : deux filles de 8 et 9 ans ont fait du houx le symbole de leurs cabanes, créant ainsi une identité collective. Ces choix montrent comment les enfants attribuent des significations nouvelles aux éléments naturels, renforçant leur lien avec l'environnement.
Les cabanes ne sont pas réservées aux sorties en forêt ou aux activités scoutes. Elles peuvent apparaître dans de nombreux contextes du quotidien : un jardin, un parc, une cour d'école ou même à la plage. Les enfants y délimitent des territoires en utilisant des éléments naturels comme des pommes de pin ou des coquillages. Valentin Alibert souligne que ces constructions révèlent comment les enfants produisent des territoires selon leurs besoins et leurs imaginaires. Cependant, un rapport du Haut Conseil de la famille, de l'enfance et de l'âge (2024) indique que les enfants jouent de moins en moins à l'extérieur, ce qui limite ces expériences enrichissantes. Pourtant, de nombreuses études montrent que le contact avec la nature améliore leur bien-être et leur santé.
Un rapport de 2024 du *Haut Conseil de la famille, de l'enfance et de l'âge* (HCFEA) révèle que les enfants passent de moins en moins de temps à l'extérieur et en contact avec la nature. Pourtant, des recherches scientifiques confirment que ces expériences directes favorisent leur bonheur et leur santé. Par exemple, une étude citée dans l'article montre que les enfants qui jouent dehors régulièrement développent une meilleure estime de soi et une plus grande résilience. Les cabanes, en tant qu'activités autonomes et créatives, s'inscrivent dans cette dynamique. Elles offrent aux enfants un moyen de se reconnecter à la nature, tout en stimulant leur imagination et leur sens pratique.

