La quasi-totalité de l’ancienne toile du stade olympique a été déchiquetée
Seulement 15 % de la toile de l'iconique stade de Montréal a été conservée pour des projets de revalorisation..
Plus de 90 % de l’ancienne toile du stade olympique de Montréal, endommagée depuis 1999, a été déchiquetée et recyclée à l’été 2024. Cette toile, installée en 1988, était composée de deux membranes : une blanche et une bleue, totalisant environ 20 000 déchirures. Elle a été retirée dans le cadre du démantèlement de la structure, un processus accéléré par le calendrier du chantier. Une partie de cette toile a été réutilisée pour des projets créatifs ou environnementaux, mais la majorité a été transformée en recouvrement pour des centres d’enfouissement, une solution moins coûteuse que son stockage ou son incinération. La redevance pour cette matière est trois fois moins élevée que pour un déchet classique, ce qui explique en partie ce choix.
En avril 2024, le Parc olympique a lancé un concours international doté de 80 000 $ pour trouver des idées de réutilisation de la toile. Sur les 22 projets retenus, aucun des lauréats (dont le projet FLOAT, préféré du public) n’a finalement été réalisé, car le Parc n’avait pas garanti leur faisabilité technique ou économique. Le processus a pris du temps, alors que le démantèlement était déjà en cours. Les équipes ont dû improviser des solutions en urgence, comme collaborer avec le Centre de transfert technologique en écologie industrielle (CTTÉI) pour identifier des débouchés rapides. Ce manque de planification en amont a limité les possibilités de récupération.
Seuls 10 % de la toile blanche et 15 % de la toile bleue ont pu être récupérés pour des projets concrets. Parmi les initiatives retenues, on trouve des coques de voiliers pour Jeunes marins urbains (en bois de frênes malades) et des sacs ou accessoires pour Atelier 1142. En revanche, des projets comme ceux de Yupedoo (jeux de société) ou Protogear (sacs sur mesure) ont été refusés ou mis en attente, car ils ne correspondaient pas aux critères prioritaires : impact social élevé et utilisation d’un grand volume de matière. Les responsables du Parc olympique ont justifié ces choix par la nécessité de maximiser l’impact environnemental et d’éviter le gaspillage.
L’organisme Héritage Montréal a critiqué l’absence de stratégie globale pour la récupération des matériaux patrimoniaux, soulignant que seulement 25 % de la toile a été sauvée. L’organisme regrette aussi de ne pas avoir été consulté en amont, contrairement à d’autres projets comme le démantèlement du pont Champlain. Taïka Baillargeon, directrice adjointe des politiques, a qualifié cette situation de "angle mort", rappelant que les Québécois ont financé cette infrastructure. Elle plaide pour un plan national de réemploi des matériaux, incluant une meilleure documentation et préservation des éléments historiques.
Le responsable du projet, *Pierre-Emmanuel Billeau*, a reconnu que l’urgence du calendrier a forcé des compromis, comme éviter de stocker la toile pour limiter les coûts. Il a aussi mentionné les contraintes administratives, comme l’impossibilité pour *Yves Plante* (de *Jeunes marins urbains*) de partager ses surplus de toile sans l’accord du Parc olympique. Une solution administrative est en cours pour faciliter ces transferts. Par ailleurs, une artiste, *Pavitra Wickramasinghe*, utilisera les câbles de la toiture pour créer une installation artistique monumentale près de la tour inclinée, symbolisant la résilience du stade.

