Un programme canadien attire des centaines de chercheurs
Les universités canadiennes qui profitent d’un nouveau programme national de bourses ont réussi à attirer des centaines d’universitaires, dont près d’une quarantaine de France. Explications..
En décembre 2023, le gouvernement canadien a lancé un programme de bourses destiné à attirer des chercheurs étrangers qualifiés. Cette initiative vise à renforcer la main-d’œuvre scientifique du pays en offrant des financements pour des projets de recherche. Le programme a été annoncé à un moment où les universités américaines subissaient des réductions budgétaires sous l’administration Trump, ce qui a pu inciter certains chercheurs à se tourner vers le Canada. Selon une compilation de données du Toronto Star, la première phase du programme a permis d’accueillir 659 chercheurs originaires de 72 pays différents. Ces chercheurs ont été sélectionnés pour rejoindre dix universités canadiennes, principalement situées au Québec et en Ontario.
Parmi les 659 chercheurs recrutés, la majorité provient de cinq pays : les États-Unis (1er rang), suivis de la Chine, de l’Iran, de l’Inde et de la France. Trente-sept chercheurs français ont ainsi bénéficié de ces bourses. Cette diversité reflète l’attractivité du Canada pour les talents internationaux, notamment dans un contexte où certains pays, comme les États-Unis, voient leur climat politique et académique se dégrader. Par exemple, Jason Stanley, un spécialiste du fascisme ayant quitté l’université Yale pour rejoindre l’École Munk des affaires de Toronto en septembre 2023, a expliqué que les chercheurs américains ne viennent pas au Canada pour des raisons financières, mais pour la liberté académique qu’ils y trouvent.
Le professeur Vincent Larivière, de l’université de Montréal, a nuancé l’impact de ce programme. Bien qu’il reconnaisse que l’arrivée de chercheurs supplémentaires soit positive, il souligne que le Canada forme déjà environ 8 000 docteurs chaque année et compte plus de 60 000 doctorants. Avec seulement 659 bourses attribuées, il reste à déterminer dans quelle mesure ce programme contribuera réellement à renforcer la capacité de recherche du pays. Larivière précise que le nombre de bourses est modeste comparé aux besoins du système de recherche canadien.
Les bourses canadiennes ciblent huit domaines de recherche prioritaires, avec une forte concentration dans deux secteurs : la santé (dont la biotechnologie) et les technologies de pointe (incluant l’intelligence artificielle et la cybersécurité). Par exemple, l’université de Montréal a sélectionné 29 chercheurs pour travailler sur des projets comme l’immunothérapie guidée par l’imagerie, les villes intelligentes, les matériaux quantiques pour l’énergie verte, ou encore la résistance des cultures à la sécheresse. Près de la moitié des bourses est destinée à ces deux grands domaines, reflétant les priorités scientifiques et économiques du Canada.
Le programme canadien accorde une attention particulière au recrutement de chercheurs francophones. Selon le *Toronto Star*, près d’un quart des bourses (soit environ 165 chercheurs) a été attribué à des institutions francophones ou bilingues. Cette mesure s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer la présence de la langue française dans le paysage académique canadien. Les universités concernées, comme celle de Montréal, jouent un rôle clé dans cette initiative, en soutenant des projets de recherche variés tout en favorisant la diversité linguistique.

