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Culture

La solidarité internationale : la fin d'un modèle ? 2/4 : Dakar, hub humanitaire

France Culture - Savoirs · mis à jour 6 oct.

Dakar, capitale diplomatique de l'Afrique de l'Ouest, est devenue un carrefour majeur de l'action humanitaire. De l'île de Gorée à Rufisque, ce reportage explore les nouvelles formes de la solidarité internationale face aux défis climatiques, migratoires et au retrait des grands bailleurs..

Dakar, carrefour humanitaire

Dakar, capitale du Sénégal et ville emblématique de l'Afrique de l'Ouest, s'est imposée comme un hub humanitaire majeur, c'est-à-dire un carrefour central où se concentrent les actions d'urgence et de développement international. La ville abrite les sièges régionaux de nombreuses organisations internationales et ONG, ce qui en fait un lieu stratégique pour coordonner les réponses aux crises dans le Sahel et en Afrique de l'Ouest. Cette position s'explique par son rôle historique de capitale diplomatique, mais aussi par sa proximité avec des zones confrontées à des défis majeurs comme les changements climatiques, les migrations forcées ou les conflits. Le reportage souligne que Dakar permet de comprendre comment les décisions prises à l'échelle internationale se traduisent concrètement sur le terrain, en impliquant des acteurs locaux et des territoires comme l'île de Gorée ou Rufisque.

Gorée, mémoire et érosion

L'île de Gorée, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, est un symbole historique de la traite atlantique, notamment grâce à la célèbre Maison des Esclaves et sa porte du voyage sans retour. Aujourd'hui, cette île fait face à une autre crise : l'érosion marine, qui menace son patrimoine et ses habitants. L'UNESCO intervient pour protéger Gorée, illustrant une forme discrète mais concrète de solidarité internationale. Cependant, cette situation est aussi l'occasion de questionner les dépendances des pays africains envers l'aide extérieure. Gilles Olakunyé Yabi, fondateur du think tank Wathi, souligne que l'Afrique de l'Ouest dispose de ressources pour agir, mais que la priorité reste la construction d'États forts et autonomes. Son analyse critique la logique d'assistance qui peut affaiblir les institutions locales.

Rufisque, cantine et circuits locaux

À Rufisque, en périphérie de Dakar, le GRDR (Groupe de recherche et de réalisation pour le développement rural) mène un projet de cantine scolaire innovant. Celui-ci repose sur des circuits alimentaires locaux, en s'appuyant sur les maraîchers de la région pour nourrir les élèves. Ce projet dépasse la simple aide ponctuelle : il devient un levier de développement territorial. Alors que la mer grignote les côtes, que les ressources halieutiques (poissons, crustacés, etc.) se raréfient et que des jeunes rêvent de migrer vers l'Europe en répétant le slogan « Barça wala Barsakh » (Barcelone ou la mort), cette initiative cherche à offrir une alternative : permettre aux populations de choisir de rester sur leur territoire. Olivier Le Masson, président du GRDR, insiste sur l'importance d'ancrer les projets dans leur contexte local tout en les ouvrant aux enjeux mondiaux.

Acteurs locaux, solutions globales

Le reportage met en lumière plusieurs acteurs clés qui illustrent une nouvelle approche de la solidarité internationale. Sophie Diop, de la Fondation 221, défend l'idée que les réponses aux crises doivent être construites localement par la société civile. Mamadou Ka, président de l'association des maraîchers de Rufisque (Landing), témoigne des effets du changement climatique sur l'agriculture périurbaine et de l'importance des débouchés créés par les cantines scolaires. Gorgui Ciss, premier vice-président du Conseil départemental de Rufisque, explique comment les collectivités territoriales s'appuient sur des coopérations internationales, comme celle avec Montpellier, pour développer des politiques publiques de proximité. Ces initiatives montrent une volonté de passer d'une logique d'assistance à une logique de partenariat durable, où les bénéficiaires deviennent des acteurs de leur propre développement.

Crise climatique et migrations

Le reportage aborde aussi les liens entre dérèglement climatique, fragilisation économique et migrations. Un représentant des pêcheurs de Bargny, village côtier près de Dakar, explique comment l'érosion du littoral et la raréfaction des ressources halieutiques (poissons, coquillages, etc.) poussent les habitants à envisager l'exil vers l'Europe. Ce phénomène illustre un paradoxe : alors que les pays du Nord réduisent leur aide (comme le retrait de l'USAID, l'agence américaine d'aide au développement), les populations locales résistent à la résignation. Les projets comme la cantine scolaire de Rufisque ou les initiatives des maraîchers montrent qu'une autre voie est possible, fondée sur la résilience locale et l'adaptation aux défis globaux. Ces exemples soulignent l'urgence de repenser la solidarité internationale pour qu'elle soutienne des solutions ancrées dans les réalités des territoires.

Ce que ça pourrait changer

Malgré les avancées, le modèle actuel de la solidarité internationale fait face à des limites et des critiques. Olivier Le Masson, du GRDR, dénonce l'évolution récente de l'**aide publique au développement**, qu'il juge parfois trop ponctuelle ou désincarnée. Gilles Olakunyé Yabi, de Wathi, rappelle que la dépendance à l'aide extérieure peut affaiblir les États et les rendre moins capables de répondre aux besoins de leur population. Le reportage souligne que le **Grand Bargain**, un accord international signé en 2016 pour améliorer la localisation de l'aide humanitaire, a permis des progrès, mais reste insuffisant. Dix ans après, les acteurs locaux comme ALIMA (une ONG médicale) ou la Fondation 221 continuent de plaider pour une coopération plus équilibrée, où les bénéficiaires ne sont plus de simples spectateurs, mais des partenaires à part entière.

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