L'Europe des extrêmes droites
De Berlin à Rome en passant par Madrid, l'extrême droite gagne du terrain partout en Europe. Derrière cette vague continentale, quelles sont les spécificités nationales ? Que nous enseigne l'exemple suédois lors des récentes élections législatives ?.
En 2026, l'Europe assiste à une progression significative des partis d'extrême droite dans plusieurs pays. En Allemagne, des élections régionales récentes ont révélé une forte poussée de ces mouvements, notamment dans l'Est du pays et à Berlin. En Suède, bien que le centre-gauche ait remporté une victoire étroite, l'extrême droite conserve une influence notable. Cette tendance s'observe aussi en Italie, où Giorgia Meloni, au pouvoir depuis près de quatre ans, doit faire face à une opposition croissante à sa droite, incarnée par un ancien général prônant des valeurs traditionalistes et un alignement sur la Russie. Ces dynamiques soulignent un changement d'époque politique en Europe, où les partis traditionnels perdent du terrain face à des formations radicales.
En 2027, plusieurs pays européens organiseront des élections majeures : la France, l'Italie, l'Espagne, la Pologne, la Grèce, la Finlande, la Suisse, la Slovaquie, l'Estonie, le Monténégro et Andorre. Ces scrutins pourraient confirmer ou amplifier la tendance à la montée des extrêmes droites, déjà observée dans plusieurs États membres de l'Union européenne. Le Royaume-Uni, sorti de l'UE en 2020, pourrait également être affecté par cette vague politique, notamment avec la réélection de Nigel Farage, figure controversée du Brexit. Ces élections surviennent dans un contexte de fragmentation des électorats et de volatilité des opinions publiques, influencées par des enjeux transnationaux comme la guerre en Ukraine, les tensions énergétiques et les débats sur l'immigration.
Le cordon sanitaire désigne une stratégie politique visant à isoler les partis d'extrême droite en refusant toute alliance ou coopération avec eux. Cependant, cette barrière semble s'affaiblir en Europe, comme en témoignent les récentes évolutions en Allemagne et en Italie. En Allemagne, la montée des partis radicaux a déstabilisé la coalition gouvernementale, tandis qu'en Italie, Giorgia Meloni, initialement perçue comme une héritière du fascisme, a adopté un discours plus modéré pour élargir son électorat. Cette évolution reflète une normalisation progressive des extrêmes droites dans le paysage politique européen, rendant les frontières idéologiques plus floues.
Les élections européennes de 2027 se déroulent dans un contexte géopolitique tendu. La guerre en Ukraine, qui entre dans sa cinquième année en 2026, reste un sujet central, avec un soutien européen inégal et des menaces persistantes de la part de la Russie. Parallèlement, l'influence des États-Unis sous l'administration Trump et les fondations MAGA (sigle désignant le mouvement Make America Great Again) se fait sentir en Europe, où des groupes d'extrême droite s'inspirent de l'idéologie américaine. D'autres facteurs, comme la hausse des prix de l'énergie, les préoccupations liées au pouvoir d'achat, le vieillissement de la population et les débats sur l'immigration, alimentent également les discours des partis radicaux.
La plupart des pays concernés par ces élections sont membres de l'Union européenne (UE), ce qui soulève des questions sur l'impact de ces scrutins sur la dynamique continentale. L'UE pourrait voir ses politiques et son unité mises à l'épreuve, notamment face aux pressions exercées par les gouvernements nationaux aux orientations radicales. Par exemple, les positions sur l'Ukraine, la gestion des migrations ou les relations avec la Russie pourraient diverger, compliquant la prise de décision collective. Cette situation rappelle le cas du Royaume-Uni, sorti de l'UE en 2020 (Brexit), mais qui reste influencé par les débats européens, comme en témoigne la réélection de Nigel Farage.
Plusieurs spécialistes interviennent dans l'article pour éclairer ces dynamiques. Hélène Miard-Delacroix, professeure à Sorbonne Université, étudie l'histoire et la civilisation allemandes, offrant un éclairage sur les spécificités de l'extrême droite en Allemagne. Sophie Baby, historienne contemporaine, analyse les transformations politiques en Europe, tandis que Grégoire Roos, directeur des programmes Europe à *Chatham House*, examine les répercussions géopolitiques de ces mouvements. Catherine Fieschi, chercheuse à *Carnegie Europe*, et Christophe Premat, professeur à l'Université de Stockholm, apportent des perspectives sur les enjeux suédois et les comparaisons internationales. Leurs travaux aident à comprendre les mécanismes derrière la montée des extrêmes droites.

