Pourquoi tant d’Indiens se tournent-ils vers une carrière de marin ?
Le blocage du détroit d’Ormuz, au large de l’Iran, a mis en lumière la situation précaire des marins. Or, sur le globe, un matelot sur cinq est indien.
Sur les mers du globe, un matelot sur cinq est indien, ce qui fait de l'Inde le premier pays fournisseur de marins professionnels au monde. Cette proportion, soit environ 17 % des équipages internationaux, s'explique par une tradition maritime ancienne dans le pays, combinée à des politiques publiques favorisant cette filière. Les marins indiens sont recherchés pour leur formation rigoureuse et leur discipline, souvent dispensée dans des écoles spécialisées comme celles du Bengale-Occidental ou du nord du pays. Leur présence est particulièrement marquée dans des secteurs comme le transport de pétrole ou les croisières, où la main-d'œuvre qualifiée est essentielle. Cependant, cette domination s'accompagne de risques accrus, notamment dans des zones géopolitiquement instables comme le détroit d'Ormuz, une voie maritime stratégique reliant le golfe Persique au golfe d'Oman.
Le détroit d'Ormuz, situé entre l'Iran et Oman, est l'une des routes maritimes les plus dangereuses au monde en raison des tensions géopolitiques persistantes. En mars 2026, deux incidents ont illustré ces dangers : un pétrolier battant pavillon des îles Palaos a été visé par un missile iranien, tandis qu'un paquebot transportant du pétrole iranien a traversé le détroit sous haute surveillance. Les marins indiens, comme Abdur Rahaman Mondal (27 ans) ou Vineet Sharma (28 ans), témoignent du stress constant lié à ces traversées, où chaque voyage peut devenir une question de survie. Les familles de ces marins, souvent originaires de villages ruraux, vivent dans l'angoisse pendant ces périodes, dépendant des appels téléphoniques pour s'assurer de leur sécurité.
Les marins indiens choisissent cette profession malgré les dangers en raison des salaires attractifs qu'elle offre. Un matelot qualifié peut gagner entre 500 et 1 500 euros par mois, soit bien plus que la moyenne des emplois locaux dans des secteurs comme l'agriculture ou l'industrie. Ces revenus permettent de subvenir aux besoins d'une famille nombreuse et de financer des études pour les enfants, un enjeu crucial dans un pays où l'éducation est un levier de mobilité sociale. De plus, les compagnies maritimes internationales recherchent activement cette main-d'œuvre, offrant des contrats stables et des avantages sociaux, comme des assurances ou des primes de risque. Pour des millions de familles indiennes, la mer représente ainsi une opportunité de sortir de la précarité.
La formation des marins indiens est encadrée par des institutions publiques et privées, souvent subventionnées par l'État. Les candidats suivent des cours théoriques et pratiques dans des écoles maritimes, où ils apprennent les bases de la navigation, de la mécanique navale ou des protocoles de sécurité. Les programmes durent entre un et trois ans, selon le niveau de qualification visé. Une fois diplômés, les marins obtiennent des certifications reconnues internationalement, comme celles délivrées par l'Organisation maritime internationale (OMI), ce qui facilite leur embauche à l'étranger. Cependant, malgré cette préparation, les risques liés aux conflits ou aux conditions météo restent élevés, comme en témoignent les témoignages des marins ayant traversé le détroit d'Ormuz en 2026.
Les tensions au Moyen-Orient, notamment entre l'Iran et les pays occidentaux, ont un impact direct sur la sécurité des marins indiens. Le blocage du détroit d'Ormuz en juin 2026 a illustré cette vulnérabilité, forçant des navires à immobiliser leurs équipages en pleine mer. Les compagnies maritimes ajustent leurs routes pour éviter les zones à risque, ce qui allonge les trajets et réduit les marges bénéficiaires. Pour les familles des marins, ces situations prolongent l'incertitude et le stress, d'autant que les communications peuvent être coupées pendant des jours. Les autorités indiennes tentent de négocier avec les pays riverains pour garantir la sécurité des équipages, mais les solutions restent limitées face à l'instabilité géopolitique.
La carrière de marin en Inde ne se limite pas à un choix professionnel : elle implique toute une famille. Les marins, souvent jeunes et mariés, quittent leur foyer pour des mois, voire des années, laissant derrière eux leurs parents, leur épouse et leurs enfants. Les épouses assument alors le rôle de chef de famille, gérant le budget, l'éducation des enfants et les imprévus, sans soutien extérieur. Les villages d'origine, comme *Mirjapur* ou ceux proches de *Nainital*, voient une partie de leur population masculine partir, ce qui modifie les dynamiques sociales locales. Malgré les risques, beaucoup de familles encouragent cette voie, perçue comme un moyen de progresser économiquement, même si elle s'accompagne de sacrifices émotionnels importants.

