Léa Seydoux et Niels Schneider : « ‘L’Inconnue’ est un film sur le vertige d’être soi »
Dans le dédaléen et hypnotique "L’Inconnue" d’Arthur Harari (en salles le 26 août), les deux acteurs – qui n’avaient jamais joué ensemble ni été si vulnérables à l’écran – incarnent deux personnages à tour de rôle : David Zimmerman, un photographe solitaire se réveille dans le corps d’Eva, une inconnue rencontrée une nuit, et se retrouve projeté dans une réalité instable. On a rencontré le duo pour qu’il nous parle de ce film, où le corps et l’identité, loin d’être figés, se dérobent sans cesse..
Le film L’Inconnue, réalisé par Arthur Harari, explore la question de l’identité à travers un scénario de body swap (échange de corps) où les personnages principaux, David et Eva, se retrouvent piégés dans le corps de l’autre. Léa Seydoux et Niels Schneider, qui incarnent respectivement Eva et David, soulignent que le film ne se limite pas à une imitation superficielle des genres, mais cherche à représenter des individus dans leur complexité. L’identité y est présentée comme instable, mouvante, et non définie par le genre ou l’apparence physique. Ce thème central est renforcé par la métempsycose, un concept philosophique désignant le transfert de l’âme d’un corps à un autre après la mort, utilisé ici comme métaphore de la transformation identitaire.
Léa Seydoux et Niels Schneider expliquent que leur approche pour incarner les personnages a consisté à oublier les stéréotypes liés au genre et à se concentrer sur l’essence même des personnages. Seydoux précise qu’elle a joué David comme un homme, en cherchant à croire pleinement à cette transformation, malgré les défis physiques et psychologiques. Schneider, quant à lui, a évité de jouer une « femme » au sens cliché, préférant incarner Malia, un personnage dont l’identité ne se réduit pas à son genre. Cette méthode a nécessité un travail sur la voix, la respiration et la posture, éléments clés pour rendre les personnages crédibles. Le tournage a duré environ un an de préparation avant le début des prises de vue, permettant une immersion profonde dans les rôles.
Un aspect technique important du film est le travail sur la voix des personnages. Niels Schneider explique que la voix ne se limite pas aux cordes vocales, mais inclut la manière de respirer et de projeter le son. Pour Malia, une voix plus souple et haute dans la poitrine a été adoptée, reflétant une approche différente du monde par rapport à David, plus rigide. Léa Seydoux a également travaillé sur la modulation de sa voix pour correspondre à celle d’un homme, tout en évitant de tomber dans la caricature. Ce travail vocal a été essentiel pour renforcer l’immersion des acteurs dans leurs rôles respectifs.
Le film aborde des thèmes sombres comme la dépression et le vertige existentiel. Niels Schneider décrit David comme un personnage en proie à une fatigue existentielle, une lourdeur intérieure, sans pour autant tomber dans le cliché de la dépression. Le personnage ne prend pas conscience de son état, ce qui ajoute une dimension tragique à son parcours. Schneider souligne l’importance de ne pas assigner une dépression au personnage, mais plutôt de montrer une forme de désengagement face au monde. Léa Seydoux, quant à elle, évoque la difficulté de jouer ces états sans se regarder jouer, en cherchant à rester dans l’émotion pure et l’incarnation.
Le film inclut une scène où David, dans le corps d’Eva, s’observe nu, offrant une vision réaliste et non idéalisée du corps féminin. Léa Seydoux, qui a tourné ce film peu après son accouchement, explique que cette expérience a été à la fois intime et libératrice. Elle y voit une opportunité de montrer un corps incarné, loin des standards cinématographiques, et une manière de se réapproprier son image. Niels Schneider, de son côté, décrit ce processus comme un dépouillement progressif, où les couches de son personnage ont été retirées jusqu’à ne plus laisser que l’essence de David et Malia.
Le film établit un parallèle entre la photographie et le cinéma, deux arts qui captent des instants éphémères. Niels Schneider compare le tournage d’une scène à la prise d’une photo : un moment unique qui ne se reproduira jamais à l’identique. Léa Seydoux ajoute que le cinéma permet de donner son corps et son âme à un projet, tout en sachant que l’instant capté appartient déjà au passé. Les deux acteurs soulignent la dualité du cinéma, à la fois vérité et mensonge, où la fabrication de la scène coexiste avec une émotion authentique. Schneider évoque aussi son admiration pour des photographes comme Raymond Depardon ou Gregory Crewdson, dont les œuvres mêlent réalisme et onirisme.
Les acteurs révèlent que *L’Inconnue* a continué à les habiter bien après le tournage. Niels Schneider raconte avoir rêvé de scènes du film et de ses personnages, parfois transformées, comme si Malia ou David avaient pris une place dans son inconscient. Léa Seydoux évoque également des rêves liés au film, soulignant que cette immersion prolongée a enrichi leur expérience. Le film, sorti le 26 août 2026, est présenté comme une œuvre ouverte, dont le sens reste accessible à différentes interprétations. Les acteurs et le réalisateur Arthur Harari partagent une préférence pour les films dont le sens n’est pas figé, ce qui permet une réinterprétation continue par le public.

