Luz Mely Reyes : “La tutelle américaine est encore vue par les Vénézuéliens comme un moindre mal”
La journaliste Luz Mely Reyes a cofondé au Venezuela “Efecto Cocuyo” en 2015 pour défendre la liberté de la presse, à une époque où le régime chaviste étendait ses tentacules sur tous les médias indépendants, par le biais de pressions, de persécutions et de rachats de titres. Cible de diffamations et de harcèlements, elle s’est vu retirer trois fois son passeport, avant de se décider à s’exiler au Texas en 2023.
Luz Mely Reyes est une journaliste vénézuélienne, cofondatrice en 2015 du média indépendant Efecto Cocuyo, dédié à la défense de la liberté de la presse au Venezuela. À cette époque, le régime du président Nicolás Maduro, issu du mouvement chaviste (du nom d’Hugo Chávez), étendait son contrôle sur les médias du pays en utilisant des méthodes variées : pressions politiques, persécutions contre les journalistes, ou rachats forcés de titres de presse par des proches du pouvoir. Reyes elle-même a été ciblée : son passeport lui a été retiré à trois reprises, et elle a finalement choisi de s’exiler aux États-Unis, au Texas, en 2023. Elle est revenue temporairement au Venezuela à l’été 2026 pour constater l’évolution de la situation politique et économique du pays.
Depuis janvier 2026, le Venezuela est sous une forme de tutelle américaine, c’est-à-dire que les États-Unis jouent un rôle central dans la gestion des affaires vénézuéliennes, notamment après l’arrestation de Nicolás Maduro. Ce terme désigne une situation où un pays étranger exerce une influence majeure sur les décisions politiques et économiques d’une nation, souvent en raison d’une crise interne ou d’un affaiblissement des institutions locales. Neuf mois après cette intervention, les promesses d’investissements massifs des États-Unis tardent à se concrétiser. Le pays fait face à une crise économique profonde, aggravée par des pannes électriques fréquentes et un double séisme survenu le 24 juin 2026, qui a causé plus de 6 000 morts. Ces événements ont plongé le Venezuela dans un marasme économique et humanitaire.
Début août 2026, des négociations ont commencé entre l’opposition politique vénézuélienne et le régime chaviste, sous l’égide des États-Unis. Ces discussions visent à établir une transition politique permettant de régénérer les institutions démocratiques du pays et d’organiser des élections. Cependant, les attentes des Vénézuéliens sont partagées. Certains y voient une opportunité historique, car c’est la première fois depuis longtemps que les États-Unis ont le pouvoir d’imposer des accords entre les parties. D’autres, en revanche, restent sceptiques, car le Venezuela a connu de nombreuses tentatives de négociation infructueuses par le passé, souvent suivies de déceptions.
Luz Mely Reyes exprime une crainte majeure : que le Venezuela, déjà sous forte influence américaine, ne cède durablement sa souveraineté, c’est-à-dire son autonomie décisionnelle, à Washington. Pour elle, cette tutelle, perçue comme un moindre mal par une partie de la population, pourrait s’installer dans la durée. Elle souligne que les bases d’une transition politique stable et d’une reconstruction des institutions sont encore très fragiles, voire inexistantes. La situation est d’autant plus complexe que le pays doit faire face à des défis immédiats, comme la reconstruction après le séisme de juin 2026 et la gestion d’une crise économique persistante.
Efecto Cocuyo, le média fondé par Luz Mely Reyes, incarne la résistance face à la censure et au contrôle des médias au Venezuela. À l’époque où Reyes a créé ce média, les titres de presse indépendants étaient systématiquement rachetés ou fermés par le régime, ou leurs journalistes étaient harcelés. En 2023, elle a dû quitter le pays après avoir subi des pressions répétées, dont le retrait de son passeport. Son expérience illustre les difficultés rencontrées par les journalistes vénézuéliens pour exercer leur métier librement, dans un contexte où la liberté de la presse est fortement restreinte.
La crise au Venezuela ne se limite pas à des enjeux politiques ou économiques : elle a des conséquences dramatiques sur la population. Les pannes électriques fréquentes perturbent la vie quotidienne, tandis que les séismes de juin 2026 ont causé plus de 6 000 morts et laissé des milliers de personnes sans abri. Ces catastrophes naturelles s’ajoutent à une crise économique déjà profonde, marquée par une inflation élevée, des pénuries de produits de base et un exode massif de la population. Dans ce contexte, la tutelle américaine est perçue par certains comme une solution temporaire, mais elle soulève aussi des questions sur l’avenir du pays et son indépendance.

