À la Réunion, la pratique vertueuse de l'écopastoralisme
La COP 17, consacrée à la désertification, la sécheresse et la dégradation des sols, se poursuit en Mongolie. L’occasion de mettre en avant des pratiques vertueuses pour préserver nos sols et leur biodiversité.
L’écopastoralisme est une méthode d’agriculture durable qui utilise des animaux herbivores comme les moutons, chèvres, chevaux ou vaches pour entretenir les espaces naturels sans les dégrader. Cette pratique respecte la biodiversité et les écosystèmes tout en limitant l’usage de machines ou de produits chimiques. Elle existe depuis plus de 10 000 ans dans le monde et concerne encore 60 000 exploitations en France aujourd’hui. À La Réunion, elle permet de préserver des paysages menacés par l’urbanisation et les espèces invasives, tout en maintenant des activités agricoles traditionnelles. Contrairement à l’élevage intensif, l’écopastoralisme mise sur la mobilité des animaux et leur adaptation naturelle à l’environnement.
Boris Astourne, éleveur et maraîcher bio à La Réunion, pratique l’écopastoralisme depuis 2018. Il élève 200 chèvres et boucs qu’il fait pâturer quotidiennement dans la savane du Cap Lahoussaye, un espace de 280 hectares protégé par le Conservatoire du littoral. Chaque jour, les animaux parcourent environ 30 kilomètres pendant 3 à 5 heures, contribuant ainsi à l’entretien naturel du milieu. Cette méthode, bien que physiquement exigeante, permet de réduire les coûts de fourrage à seulement 2 000 euros par an pour l’élevage. Boris Astourne souligne aussi l’importance de transmettre des savoirs ancestraux et de préserver des races locales, comme le cabri peï, une race de chèvre réunionnaise.
L’écopastoralisme offre plusieurs avantages écologiques majeurs. Les animaux se nourrissent d’espèces exotiques envahissantes, comme l’heteropogon contortus (appelé pikan jaune), qui menacent l’équilibre des écosystèmes locaux. Leur broutage permet de rouvrir des sentiers ancestraux, de limiter les risques d’incendies et de réduire la prolifération des rats, eux aussi attirés par ces plantes invasives. En préservant les paysages ouverts, cette pratique contribue à maintenir la biodiversité et à lutter contre la désertification des sols. À La Réunion, elle est encouragée par le Conservatoire du littoral, qui protège des espaces naturels tout en soutenant une activité agricole durable.
L’écopastoralisme joue un rôle clé dans la souveraineté alimentaire de La Réunion. En réduisant la dépendance aux importations de fourrage et en favorisant l’autonomie fourragère, il limite les coûts et les impacts environnementaux liés au transport. Le projet Nouv’Afer, porté par l’Armeflhor en collaboration avec l’Institut de l’élevage et une association locale, accompagne 13 collectifs d’éleveurs pour les former à des pratiques comme la fertilisation naturelle des prairies ou l’introduction de légumineuses locales. L’objectif est de rendre l’élevage plus rentable tout en réduisant l’usage de pesticides et d’engrais chimiques. Cette approche s’inscrit dans une logique de durabilité économique et écologique pour l’île.
Malgré ses nombreux avantages, l’écopastoralisme présente des défis, notamment une charge de travail physique importante. Boris Astourne souligne que cette pratique n’a « rien à voir avec l’image du berger assis dans le pâturage avec une bouteille de vin ». Elle demande une gestion quotidienne rigoureuse et une bonne connaissance des écosystèmes. Cependant, les bénéfices à long terme, tant écologiques qu’économiques, en font une solution d’avenir pour préserver les paysages et les savoir-faire locaux. À La Réunion, cette méthode est perçue comme un moyen de lutter contre la disparition des métiers traditionnels et des races animales locales, tout en répondant aux enjeux climatiques actuels.

