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Philosophie

Palestine : exit, colonialisme et projets macabres

Contretemps · mis à jour il y a 16 j

Dans cet article minutieusement documenté, Noura Erakat éclaire les relations étroites entre les fondamentalistes du marché partisans de l’exit (sortie du capital), le suprémacisme blanc et le sionisme dans l’élaboration de projets coloniaux macabres à Gaza. Le Conseil de la paix de Trump est ainsi à comprendre comme une synthèse de ces courants dont les projets destructeurs menacent le monde.

Cessez-le-feu et rejet

En octobre 2025, le Conseil de sécurité de l'ONU adopte la résolution 2803, instaurant un cessez-le-feu à Gaza et un Conseil de la paix dirigé par les États-Unis pour superviser la reconstruction et la gouvernance. Ce plan prévoit un retrait progressif d'Israël et le désarmement du Hamas. Cependant, après l'acceptation de ces conditions par le Hamas, Israël les rejette. Résultat : la « ligne jaune », une frontière mobile imposée par le cessez-le-feu, avance vers l'intérieur de Gaza, étendant le contrôle israélien sur 70 % du territoire. Selon le journaliste Tamer Nahed, Israël installe des grues de 30 mètres équipées de caméras et de mitrailleuses, transformant Gaza en un « champ de tir à ciel ouvert ». Les habitants vivent dans un état de peur constant, où même les enfants ne peuvent circuler librement.

Conseil de la paix : création

Le Conseil de la paix est une organisation internationale créée par l'administration Trump pour « promouvoir la stabilité » et assurer une « paix durable » à Gaza. Contrairement à l'ONU, son adhésion est sur invitation uniquement, avec un conseil exécutif de neuf membres choisis par Donald Trump. Vingt-sept pays ont rejoint ce conseil, dont l'Argentine de Javier Milei, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, le Vietnam, le Kazakhstan et le Kosovo. Aucune grande démocratie occidentale (France, Royaume-Uni, Allemagne) n'y participe, et aucun représentant palestinien n'est présent. Le secrétaire d'État Marco Rubio, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité en février 2026, critique l'ONU et défend ce modèle comme une alternative aux institutions mondiales jugées trop contraignantes.

Modèle d'Exit : gouvernance

Le Conseil de la paix incarne un modèle d'exit (sortie), où certains États se soustraient à l'ordre juridique international jugé trop restrictif. Ce modèle permet d'instaurer un régime juridique d'exception, non soumis aux normes de droits humains ou aux limites temporelles et géographiques. Contrairement à d'autres formes d'exit (comme celles des milliardaires ou des élites technologiques), ce conseil bénéficie du soutien de l'ONU, créant un précédent potentiel pour une application future au-delà de Gaza. Il fonctionne selon des règles auto-imposées, avec peu de mécanismes de contrôle, et vise à remplacer les institutions traditionnelles comme l'ONU.

Destruction du droit international

Depuis 2024, les administrations Biden et Trump ont affaibli les institutions juridiques internationales en opposant leur veto à six résolutions de cessez-le-feu à l'ONU, en ignorant les mesures provisoires de la Cour internationale de justice (CIJ) pour prévenir un génocide, et en critiquant les décisions de la CIJ sur la présence illégale d'Israël en Cisjordanie et à Gaza. Ces actions s'inscrivent dans une politique étatsunienne de longue date, datant de 1967, où les États-Unis se positionnent comme principal allié d'Israël. Le Conseil de la paix, bien que prétendant agir « conformément au droit international », cherche à s'octroyer une immunité juridique totale, comme le révèle un projet de résolution de juin 2026.

Plan de reconstruction controversé

Le plan en vingt points du Conseil de la paix, présenté comme un « plan global pour mettre fin au conflit à Gaza », est marqué par des ambiguïtés et des omissions majeures. Il ne précise ni les modalités ni le calendrier du retrait israélien, ni le droit à l'autodétermination des Palestiniens, ni la responsabilité des auteurs du génocide. Lors d'une présentation à Davos en janvier 2026, Jared Kushner, membre exécutif du Conseil, dévoile un « plan directeur » pour une « nouvelle Gaza » divisée en trois zones : économique, industrielle et résidentielle. Les « zones résidentielles » sont en réalité des camps de réfugiés modernes, où les Palestiniens seront enregistrés, surveillés biométriquement et contraints d'utiliser une cryptomonnaie réglementée.

Vision coloniale de Gaza

Le projet de « nouvelle Gaza » reflète une vision coloniale, où les Palestiniens sont réduits à des corps à gérer, sans possibilité de façonner leur avenir. Le littoral de Gaza est réservé au « tourisme côtier », illustré par des rendus architecturaux de bâtiments blancs en bord de mer, sans lien avec la géographie palestinienne réelle. Jared Kushner et d'autres membres du Conseil, comme Marc Rowan (PDG d'Apollo Global Management), voient dans ce projet une opportunité immobilière majeure. Rowan estime que le littoral seul vaut 50 milliards de dollars. Ce plan s'inscrit dans une logique de dépossession, où les vautours capitalistes construisent sur des ruines humaines, avec 73 000 Palestiniens tués et 10 000 encore ensevelis sous les décombres.

Ce que ça pourrait changer

Plusieurs membres du Conseil de la paix, dont Jared Kushner, Steve Witkoff et Martin Edelman, sont liés par un réseau financier au Moyen-Orient, créant des conflits d'intérêts manifestes. Kushner est PDG d'Affinity Partners, une société d'investissement dont les 4,8 milliards d'euros d'actifs proviennent d'Arabie saoudite, du Qatar et des Émirats arabes unis. Affinity détient Phoenix Financial, un groupe israélien détenant pour 4,5 milliards d'euros d'actions dans douze entreprises liées aux colonies israéliennes. Marc Rowan, membre d'Apollo Global Management, est également lié à ces investissements. Ces liens financiers soulèvent des questions sur l'impartialité du Conseil et ses objectifs réels en Palestine.

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