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Géopolitique

Le président élu colombien cherche à tourner la page de la “paix totale” avec les groupes armés

Courrier International · mis à jour il y a 21 j

Entre cérémonie d’investiture militaire, abolition des instances de paix mises en place en 2016 et rapprochement avec Washington, Abelardo de la Espriella dessine les contours d’un modèle répressif..

Nouveau président colombien

Abelardo de la Espriella, candidat d'ultradroite, a été élu président de la Colombie et entrera en fonction le 7 août 2026. Il rompt avec la tradition en choisissant de prêter serment dans une caserne militaire plutôt qu'au Congrès, un geste symbolique fort. Son prédécesseur, Gustavo Petro, souhaitait organiser cette cérémonie au Congrès, mais de la Espriella a opté pour ce changement radical. Ce choix, jugé surprenant même par certains éditorialistes conservateurs, illustre sa volonté de marquer une rupture avec les pratiques politiques précédentes. La Colombie, connue pour son réalisme magique dans la littérature, semble ici vivre un moment où la fiction rejoint la réalité politique.

Fin des négociations de paix

De la Espriella a annoncé la suppression du Commissariat pour la paix, un organe gouvernemental chargé des négociations avec les groupes armés, ainsi que celui des droits de l’homme, responsable de veiller au respect du droit international humanitaire. Il justifie cette décision en déclarant qu'il n'y aura plus de processus de fausse paix dans son gouvernement, mettant fin aux politiques de paix totale mises en place par son prédécesseur. Cette paix totale visait à négocier avec tous les groupes armés encore actifs en Colombie, notamment après l'accord de paix de 2016 signé avec les Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie), une guérilla marxiste active depuis 1964. Le nouveau gouvernement adopte une approche plus dure, privilégiant l'ultimatum à la négociation pour gérer ces conflits.

Cible : les anciens Farc

Parmi les mesures phares de la nouvelle politique, de la Espriella a annoncé son intention de faire emprisonner Rodrigo Londoño, alias Timochenko, dernier commandant des Farc et signataire historique de l'accord de paix de 2016. Cet accord prévoyait notamment l'attribution de 10 sièges au Congrès aux dirigeants des Farc pendant 10 ans, un privilège qui a pris fin en mars 2026 après les élections législatives. Depuis 2016, plus de 450 ex-combattants des Farc signataires de la paix ont été assassinés, alors que les violences reprennent dans les régions frontalières. Le journal progressiste El Espectador rappelle que l'État colombien s'est engagé à respecter cet accord, soulignant qu'un président ne peut pas le modifier unilatéralement.

Soutien international

Le virage politique de la Colombie s'inscrit dans un contexte régional où les États-Unis jouent un rôle important. Une délégation du gouvernement entrant s'est rendue à Washington pour rencontrer le secrétaire d'État américain, Marco Rubio, afin d'évoquer des sujets comme la sécurité, le narcotrafic et la coopération militaire. Cette rencontre montre que la ligne dure adoptée par de la Espriella trouve un écho favorable aux États-Unis, notamment dans le cadre de la lutte contre la drogue déclarée par l'administration Trump. Le vice-président élu, José Manuel Restrepo, a participé à ces discussions, renforçant l'idée d'une alliance stratégique entre les deux pays pour affronter les défis sécuritaires communs.

Ce que ça pourrait changer

La suppression du Commissariat pour la paix et des droits de l’homme a suscité des réactions contrastées en Colombie. Le journal conservateur *Semana* soutient cette rupture, accusant la politique de *paix totale* de Petro d'avoir permis aux groupes armés de se renforcer. À l'inverse, le journal progressiste *El Espectador* critique vivement cette décision, rappelant que l'accord de paix de 2016 est un engagement de l'État colombien qui ne peut être ignoré. Le site politique *La Silla Vacía* analyse que ces mesures définissent un nouveau modèle de sécurité basé sur l'ultimatum plutôt que sur la négociation, marquant ainsi la fin officielle de la *paix totale* dès l'entrée en fonction du nouveau gouvernement.

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