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Culture

Les illusions perdues de la tech, avec Sarah Tadlaoui

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 16 j

Sarah Tadlaoui a travaillé au sein de l'unité Intelligence Artificielle de Google avant de publier son premier roman, "Croire au code", aux éditions Héloïse d'Ormesson. Elle y mêle langage tech et poésie, pour retracer la trajectoire d'une femme dans une start-up, et révéler les failles du système..

Qui est Sarah Tadlaoui

Sarah Tadlaoui est une romancière française dont le premier roman, Croire au code, est paru aux éditions Héloïse d'Ormesson en août 2026. Avant de se consacrer à l'écriture, elle a travaillé pendant plusieurs années dans les laboratoires de la Silicon Valley, notamment au sein de l'unité Intelligence Artificielle de Google. Son expérience dans ce milieu lui a permis d'observer de l'intérieur la création des premiers modèles d'intelligence artificielle générative. Dans son roman, elle explore les tensions entre la logique technique du code informatique et la richesse du langage humain, en mettant en lumière ce qui résiste à l'optimisation algorithmique. Son parcours illustre le passage d'une carrière dans la tech à une réflexion littéraire sur les limites et les illusions de ce secteur.

L'IA générative expliquée

L'intelligence artificielle (IA) générative désigne des systèmes capables de produire du contenu, comme du texte, des images ou des sons, en s'appuyant sur des modèles prédictifs. Dans le cas de l'IA générative de langage, ces modèles fonctionnent en prédisant le prochain mot dans une phrase, à partir de données massives analysées préalablement. Par exemple, un modèle comme celui développé par Sarah Tadlaoui dans la Silicon Valley peut générer des phrases cohérentes en identifiant des motifs récurrents dans les textes existants. Ce processus repose sur des relations pures entre les choses, où chaque cause produit un effet déterminé, contrairement au langage humain, riche en nuances, en ambiguïtés et en significations multiples. L'IA générative vise à manufacturer du langage, c'est-à-dire à le standardiser et à le rendre reproductible, mais elle peine à capturer la complexité et l'humanité du langage naturel.

Critique de la tech et du mérite

Le roman Croire au code propose une critique acerbe de l'écosystème des start-ups technologiques, en révélant les mécanismes de pouvoir et les inégalités qui y règnent. L'autrice y dépeint un milieu où l'aspiration à la réussite méritocratique — l'idée que le talent et l'effort suffisent pour réussir — se heurte à des réalités bien différentes. Les rapports de force économiques, les privilèges de classe et les discriminations, notamment sexistes, transforment les individus en simples variables d'ajustement sur le marché du travail. Sarah Tadlaoui explique que la tech agit comme une loupe sur les dynamiques sociales contemporaines, révélant les failles d'un système qui promet l'égalité des chances mais reproduit les inégalités existantes. Ce secteur est présenté comme un cas limite, où les promesses d'innovation et de progrès masquent souvent des réalités moins reluisantes.

Le personnage et son parcours

Le roman suit le parcours d'une jeune développeuse brillante, issue d'un milieu modeste, qui place toute sa confiance dans la rigueur du code informatique pour échapper à ses déterminismes sociaux. En adoptant les règles logiques de la programmation comme unique boussole existentielle, elle s'engage dans une course effrénée à la performance, cherchant à s'affranchir de ses origines par la maîtrise technique. Cependant, cette quête absolue de perfection la mène vers une rupture psychologique totale. Le code, avec ses relations causales simples et ses significations univoques, devient une prison mentale : chaque signe n'a qu'une seule interprétation, contrairement au langage humain, où les mots portent des sens multiples et ambivalents. Le personnage incarne ainsi l'illusion de la maîtrise totale, qui se transforme en échec lorsque la réalité sociale et humaine resurgit.

La Silicon Valley, un miroir du monde

Sarah Tadlaoui considère la Silicon Valley comme un révélateur des tendances futures de la société. Ce lieu emblématique de l'innovation technologique concentre en effet des dynamiques qui, selon elle, préfigurent l'évolution du monde dans les années à venir. En analysant les rapports de force économiques et les inégalités qui y sont exacerbés, elle montre comment la tech agit comme un accélérateur des transformations sociales. Le secteur est décrit comme un cas limite où les promesses de disruption et de progrès se heurtent à des réalités moins optimistes, comme la précarisation des travailleurs, la concentration du pouvoir entre les mains d'une minorité ou encore la standardisation des comportements. Pour l'autrice, comprendre la Silicon Valley, c'est anticiper les défis des sociétés contemporaines, où la technologie et l'économie dictent de plus en plus les règles du jeu social.

Ce que ça pourrait changer

L'un des thèmes centraux du roman est la confrontation entre le *langage humain* et le *langage du code*. Le langage humain est caractérisé par sa richesse, ses ambiguïtés, ses métaphores et ses émotions, ce que Sarah Tadlaoui appelle le *sel de la langue* — une expression qui désigne ce qui donne saveur et profondeur à la communication. À l'inverse, le code informatique repose sur des *relations pures et déterministes* : chaque instruction produit un résultat prévisible, et chaque signe a une signification unique. L'autrice s'interroge sur ce qui, dans le langage humain, échappe à toute optimisation algorithmique. Elle souligne que, malgré les avancées de l'IA générative, certaines dimensions de la communication — comme l'ironie, la poésie ou les émotions — restent hors de portée des machines. Ce contraste illustre les limites de la technicisation du langage et met en lumière l'irréductible humanité de la parole.

Sujets complémentaires

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