Le Japon ouvre la voie à la suppression de l’encadrement des heures supplémentaires
Sous la pression du patronat, la Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, va procéder à la levée de facto du plafond d’heures supplémentaires, fixé à quarante-cinq heures par mois..
Le Japon est un pays où la culture du travail est réputée pour son intensité, avec des horaires souvent très longs et une forte pression sociale pour accomplir ses missions. Depuis une décennie, des réformes avaient été engagées pour améliorer l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée, notamment sous l'impulsion de l'ancien Premier ministre Shinzo Abe. Ces mesures visaient à limiter les heures supplémentaires, un phénomène endémique dans l'archipel. Par exemple, le Code du travail japonais fixe une durée légale de 40 heures par semaine, avec un plafond théorique de 45 heures supplémentaires par mois depuis 2019. Ces règles s'appliquent à tous les salariés, mais des exceptions existent pour les situations exceptionnelles, permettant jusqu'à 100 heures supplémentaires par mois avec l'accord des employés et de l'entreprise. La Première ministre actuelle, Sanae Takaichi, issue du Parti libéral-démocrate (PLD, conservateur), incarne cette politique de flexibilité accrue du travail.
À partir du 1er septembre 2026, le Japon va assouplir drastiquement le contrôle des heures supplémentaires. L'inspection du travail, qui veillait jusqu'alors au respect du plafond de 45 heures supplémentaires par mois, ne pourra plus intervenir pour sanctionner les entreprises dépassant cette limite. Cette décision marque un tournant dans la politique sociale japonaise, car elle supprime de facto l'encadrement strict des heures supplémentaires. Elle répond à une demande pressante du patronat, qui estimait ces contraintes trop rigides et nuisibles à la compétitivité des entreprises. Les responsables du PLD, dont fait partie la Première ministre, ont été sensibles à ces arguments, malgré les critiques des syndicats et des défenseurs des droits des travailleurs. Cette réforme s'inscrit dans un contexte où le Japon cherche à relancer sa croissance économique après des années de stagnation.
L'assouplissement des règles sur les heures supplémentaires est présenté par ses promoteurs comme une mesure nécessaire pour soutenir l'économie japonaise. Le patronat argue que cette flexibilité permettra aux entreprises de mieux s'adapter aux fluctuations de la demande, notamment dans un contexte de pénurie de main-d'œuvre et de vieillissement de la population. Certains secteurs, comme l'industrie ou les services, pourraient ainsi augmenter leur productivité sans embaucher davantage. Cependant, cette réforme suscite des inquiétudes quant à ses conséquences sur la santé des salariés. En effet, au Japon, les longues heures de travail sont souvent associées à des problèmes de santé publique, comme le karoshi (mort par surmenage), ainsi qu'à une baisse de la productivité à long terme. Les syndicats craignent également que cette mesure ne renforce les inégalités entre les travailleurs, certains étant contraints d'accepter des heures supplémentaires pour conserver leur emploi.
La décision du gouvernement japonais a provoqué des réactions contrastées. D'un côté, les représentants du patronat, notamment au sein de la *Keidanren* (fédération des entreprises japonaises), saluent cette réforme comme une avancée majeure pour la compétitivité du pays. De l'autre, les syndicats et les associations de défense des droits des travailleurs dénoncent une régression sociale. Ils soulignent que cette mesure risque d'aggraver les conditions de travail déjà difficiles pour de nombreux Japonais, en particulier dans les PME. Des critiques pointent aussi le manque de transparence dans les négociations entre employeurs et salariés pour fixer les limites des heures supplémentaires. Enfin, certains observateurs s'interrogent sur l'impact réel de cette réforme sur l'économie, estimant que les gains de productivité pourraient être limités face aux risques accrus de burnout et d'absentéisme.

