IA : NVIDIA a investi 99 milliards de dollars, pour l’essentiel chez ses clients
En un an, le portefeuille d’investissement de NVIDIA a été multiplié par 14. En deux ans, par 45.
NVIDIA, un géant des puces électroniques spécialisées dans l’intelligence artificielle (IA), a massivement accru ses investissements en seulement deux ans. En juillet 2025, son portefeuille d’investissements s’élevait à 7 milliards de dollars, contre 2,2 milliards un an plus tôt. En septembre 2026, ce montant atteint 99 milliards de dollars, soit une multiplication par 45 en deux ans. Cette croissance fulgurante fait de NVIDIA l’un des principaux investisseurs dans les entreprises numériques, notamment celles liées à l’IA. Par comparaison, Alphabet (maison mère de Google) a mis plus de vingt ans à constituer un portefeuille de 232 milliards de dollars, tandis qu’Amazon en détient plus de 100 milliards. Cette accélération reflète l’importance croissante de NVIDIA dans l’écosystème technologique mondial.
Les 99 milliards de dollars investis par NVIDIA se répartissent en trois catégories. D’abord, 48 milliards concernent des entreprises cotées en bourse, comme Intel (30 milliards), SpaceX (21 milliards) ou CoreWeave (2 à 5 milliards), un acteur du cloud dédié à l’IA. Ensuite, 48 milliards sont alloués à des sociétés privées, souvent spécialisées dans des technologies complémentaires aux puces de NVIDIA, comme la photonique (Lumentum, Marvell) ou les services de calcul pour l’IA (Nebius). Enfin, 3 milliards sont comptabilisés selon la méthode de mise en équivalence, qui permet d’évaluer la valeur des participations non cotées. Ces investissements visent à soutenir les clients de NVIDIA, renforçant ainsi leur capacité à utiliser ses puces et à innover dans l’IA.
NVIDIA ne se contente pas d’investir dans des entreprises : elle leur offre aussi des facilités de crédit pour un montant total de 105 milliards de dollars. Par exemple, elle soutient OpenAI dans la construction d’un centre de données dans l’Ohio, ou finance le laboratoire d’IA Thinking Machine Lab à hauteur de 2,5 milliards de dollars. Selon Colette Kress, directrice financière de NVIDIA, cette stratégie répond à une demande croissante de calcul pour les entreprises d’IA générative, dont les besoins dépassent souvent leurs capacités financières. En agissant ainsi, NVIDIA devient un acteur clé pour permettre l’innovation dans ce secteur, tout en sécurisant ses propres intérêts commerciaux.
Cette politique d’investissement soulève des inquiétudes. Certains observateurs, comme le milliardaire Michael Burry, critiquent NVIDIA pour son rôle de financeur et de client simultané, évoquant des risques similaires à ceux de la crise des subprimes. Mark Cuban, un autre investisseur, qualifie la dépendance de l’industrie de l’IA aux financements de NVIDIA de «vraiment flippant». En effet, en soutenant financièrement ses clients, NVIDIA pourrait orienter l’innovation dans un sens favorable à ses propres intérêts, limitant ainsi la diversité et l’indépendance des acteurs du secteur. Cette centralisation du pouvoir économique pose question sur l’équilibre du marché de l’IA.
Parmi les investissements de NVIDIA, l’acquisition de Hugging Face pour 12,9 milliards de dollars se distingue. Hugging Face est une plateforme spécialisée dans les modèles d’IA open source, très utilisée par les développeurs. Cette acquisition s’inscrit dans la stratégie de NVIDIA pour contrôler davantage la chaîne de valeur de l’IA, de la fabrication des puces à l’utilisation des logiciels. En renforçant ses positions dans des segments clés, NVIDIA consolide son influence sur l’ensemble de l’écosystème technologique, tout en répondant à la demande croissante en infrastructures pour l’IA.

