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Numérique

L’augmentation de l’automatisation mène à la répression, calcule l’économiste D. Acemoglu

Next.ink · mis à jour il y a 11 j

Face aux promesses de gains financiers de l’automatisation, les États capitalistes favorisent naturellement la répression plutôt que la redistribution, y compris s’ils sont construits sur des fondements démocratiques. C’est ce que concluent le prix Nobel d’économie Daron Acemoglu et ses collègues A.

Daron Acemoglu, Nobel d'économie

Daron Acemoglu est un économiste turco-américain reconnu comme l'un des plus influents au monde. Il a reçu le prix Nobel d'économie en 2024, partagé avec James A. Robinson et Simon Johnson, pour ses travaux sur les inégalités et les institutions politiques. Spécialiste des effets de l'intelligence artificielle (IA) et de l'automatisation, il a d'abord estimé que ces technologies n'auraient qu'un impact limité sur la croissance économique. Cependant, ses récentes analyses révèlent une inquiétude croissante quant à leurs conséquences sociales et politiques. Dans une interview sur France Inter le 31 août 2026, il a exprimé son angoisse face aux risques liés à l'IA, notamment la destruction de 8 à 9 % des emplois, soit près du double de ses estimations précédentes.

Automatisation et répression politique

Dans un working paper (document de recherche non encore validé par des pairs) publié en juin 2026 avec ses collègues A. Arda Gitmez et Mehdi Shadmehr, Acemoglu explore un lien entre automatisation et répression politique. Selon leur modèle, dans un système capitaliste, l'augmentation de l'automatisation (qui favorise les détenteurs de capitaux) s'accompagne d'un recours accru à la violence par l'État pour prévenir les révoltes sociales. Les chercheurs parlent de complémentarité : plus le capital (richesses accumulées) croît, plus l'automatisation et la répression augmentent. L'objectif est de maintenir l'ordre et de protéger les intérêts des élites économiques. Cette idée rappelle une prédiction de Karl Marx en 1867, selon laquelle les travailleurs se rebellent contre les machines qui les remplacent.

Risques de soulèvements sociaux

L'article mentionne plusieurs personnalités du numérique, comme Kai-Fu Lee (ancien président de Google China) et Nick Hanauer (capital-risqueur), qui alertent depuis des années sur les dangers de l'automatisation. Ces craintes rejoignent celles de Marx : les travailleurs pourraient se révolter contre les machines qui menacent leurs emplois. Pour éviter ces troubles, une solution évoquée est la redistribution des richesses. En 2025, lors du sommet de Davos, cent millionnaires ont signé une lettre ouverte en faveur d'une fiscalité plus juste. Cependant, certains dirigeants reconnaissent aussi que des mesures répressives pourraient être nécessaires pour protéger leurs profits dans un monde automatisé.

Ce que ça pourrait changer

Les auteurs du *working paper* définissent un **État capitaliste** comme une institution défendant les intérêts des détenteurs de capitaux. Selon leur analyse, cet État a intérêt à favoriser l'automatisation, car elle augmente la productivité et les profits. Mais pour éviter les révoltes nées du chômage technologique, il pourrait recourir à la répression. L'idée centrale est que l'automatisation et la répression se renforcent mutuellement : plus il y a de capital, plus l'État peut automatiser et plus il peut réprimer. Ce mécanisme crée un cercle vicieux où les inégalités s'aggravent, tandis que les libertés individuelles pourraient être restreintes pour maintenir l'ordre.

Sujets complémentaires

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