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Géopolitique

De Nétanyahou à Meloni, la “Spartemania” s’est emparée de l’extrême droite

Courrier International · mis à jour il y a 25 j

De l’Italie à Israël en passant (évidemment) par la Grèce, le mythe de Sparte fait de plus en plus d’adeptes à l’extrême droite, qui raffole des symboles liés à cette cité de l’Antiquité. La faute à une culture pop qui simplifie l’histoire lacédémonienne en la pliant à ses exigences idéologiques, dénonce “Il Venerdì”..

La bataille des Thermopyles

La bataille des Thermopyles, qui s'est déroulée en 480 avant Jésus-Christ, oppose environ 300 soldats spartiates, menés par le roi Léonidas, à une armée perse bien plus nombreuse. Cet épisode historique, souvent idéalisé, est devenu un symbole de résistance héroïque face à l'oppression. Une statue de Léonidas domine aujourd'hui le site des Thermopyles, en Grèce centrale, à 170 kilomètres au nord d'Athènes. Ce récit antique a été popularisé par le film hollywoodien 300 en 2007, qui a contribué à façonner une image romantisée et simplifiée de Sparte dans l'imaginaire collectif.

Sparte comme modèle politique

L'Antiquité grecque associe Sparte à un système politique et social unique, souvent résumé par le terme modèle spartiate. Ce modèle repose sur une organisation militaire stricte, une société hiérarchisée et une discipline collective poussée à l'extrême. Pour certains, ce système incarne l'ordre, la rigueur et la défense des valeurs traditionnelles. Cependant, des historiens comme Luciano Canfora, spécialiste de l'Antiquité, critiquent cette vision en soulignant ses approximations et ses récupérations politiques. Selon lui, ceux qui s'en réclament ignorent souvent les réalités historiques complexes de Sparte.

L'extrême droite et la Spartemania

Depuis quelques années, une partie de l'extrême droite européenne et internationale s'inspire ouvertement du modèle spartiate, phénomène que certains observateurs qualifient de Spartemania. Cette tendance se manifeste par des références fréquentes aux phalanges spartiates, aux batailles épiques et à des valeurs comme la discipline ou le sacrifice. Giorgia Meloni, dirigeante du parti d'extrême droite Fratelli d'Italia, a par exemple posé devant une affiche géante du roi Léonidas lors de la convention politique Atreju en Italie. Des maisons d'édition publient également des brochures vantant l'idée spartiate, illustrant cette fascination pour un modèle perçu comme héroïque et intemporel.

Critiques des historiens

Luciano Canfora, professeur d'histoire et spécialiste de l'Antiquité, qualifie de postfascistes ceux qui instrumentalisent l'histoire spartiate. Pour lui, cette récupération révèle une méconnaissance profonde de la réalité historique de Sparte, souvent réduite à une image simplifiée et idéalisée. Il souligne que cette posture culturelle et politique est affligeante, car elle repose sur des approximations grossières et une vision déformée du passé. Selon lui, ces récupérations trahissent une volonté de légitimer des idées autoritaires ou conservatrices en s'appuyant sur un récit historique tronqué.

Ce que ça pourrait changer

Cette *Spartemania* s'inscrit dans un contexte politique marqué par la montée des mouvements conservateurs, autarcistes et postfascistes en Europe et ailleurs. Des figures comme Benyamin Nétanyahou en Israël ou Giorgia Meloni en Italie s'inspirent ouvertement de ce modèle, y voyant un symbole de résistance et de fermeté. Leur utilisation de références à Sparte s'accompagne souvent d'un discours sur la défense des traditions, de l'ordre et de la souveraineté nationale. Cependant, cette récupération politique soulève des questions sur la manière dont l'histoire est instrumentalisée à des fins idéologiques.

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