NapseflowNapseflow
Géopolitique

Mort de l’ancien émir Al Thani, “architecte de la modernité du Qatar”

Courrier International · mis à jour il y a 24 j

Hamad ben Khalifa Al Thani, mort le dimanche 12 juillet à l’âge de 74 ans, est le dirigeant qui a fait connaître le Qatar au monde entier et lui a donné un poids géopolitique inversement proportionnel à sa taille. Le quotidien qatari “Qatar Tribune” vante le bilan considérable de cet émir qui s’est, par ailleurs, distingué par sa décision de céder le pouvoir de son vivant..

Dirigeant historique

Hamad ben Khalifa Al Thani est décédé le 12 juillet 2026 à l’âge de 74 ans. Il a été présenté par le quotidien qatari Qatar Tribune comme l’un des dirigeants historiques du pays et comme l’architecte de sa modernité. Arrivé au pouvoir en 1995 après un coup d’État de palais qui a évincé son père, il a marqué l’histoire du Qatar en transformant un petit émirat méconnu en une puissance régionale influente. À son arrivée sur le trône, le Qatar était largement ignoré sur la scène internationale, et ses habitants se plaignaient de ne pas être reconnus. Sous son règne, le pays est devenu un acteur géopolitique majeur, notamment grâce à des réformes économiques et médiatiques audacieuses.

Révolution gazière

En 1995, le Qatar était un pays pauvre en ressources visibles, mais tout a changé avec la découverte et l’exploitation massive du champ de gaz North Dome, partagé avec l’Iran. Hamad ben Khalifa Al Thani a misé sur une technologie alors innovante : le gaz naturel liquéfié (GNL), qui permet de transporter le gaz par bateau sous forme liquide. Grâce à cette stratégie, le Qatar est devenu en quelques années le premier exportateur mondial de GNL, avant d’être dépassé par les États-Unis. Cette manne financière a permis de financer des infrastructures, des services publics et une diplomatie ambitieuse, faisant du pays l’un des plus riches au monde par habitant.

Médias et influence

En 1996, Hamad ben Khalifa Al Thani a fondé Al-Jazeera, une chaîne d’information en continu en arabe. À l’origine, cette chaîne visait à offrir une alternative aux médias occidentaux dans le monde arabe. Elle a joué un rôle clé lors des révolutions arabes à partir de 2011, en couvrant les soulèvements en Tunisie, en Égypte ou en Syrie. Al-Jazeera a permis au Qatar d’étendre son influence culturelle et politique dans la région, en se positionnant comme un acteur médiatique indépendant, même si cette indépendance a parfois été critiquée. La chaîne est devenue un symbole de la stratégie de soft power du pays.

Transition dynastique

En 2013, alors que le printemps arabe entrait dans une phase de reflux marquée par des échecs politiques et des contre-révolutions menées par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, Hamad ben Khalifa Al Thani a choisi de passer le pouvoir à son fils, Tamim ben Hamad Al Thani. Cette transition, rare dans les monarchies du Golfe, a marqué la fin d’un règne de 18 ans. Le père a continué à soutenir son fils, notamment lors des premières années de son règne, en lui transmettant une politique étrangère ambitieuse. Tamim ben Hamad Al Thani a poursuivi globalement la même ligne, mais avec une approche plus discrète et conciliante envers les voisins du Qatar.

Ce que ça pourrait changer

Sous le règne de Hamad ben Khalifa Al Thani, le Qatar s’est imposé comme un médiateur clé dans les crises régionales, notamment lors de conflits en Libye, au Soudan ou entre le Hamas et Israël. Le pays a souvent joué un rôle de facilitateur, profitant de sa neutralité relative et de ses ressources financières pour se positionner comme un acteur incontournable. Cette stratégie a été poursuivie par son fils, Tamim ben Hamad Al Thani, qui a cependant adopté une diplomatie plus prudente, évitant les prises de position trop visibles pour préserver la stabilité du pays. Le Qatar reste un allié majeur des États-Unis, notamment depuis l’arrivée de Joe Biden à la présidence américaine.

Sujets complémentaires