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Économie

Trump-Xi: organiser la rivalité plutôt que la résoudre

Telos · mis à jour 23 sept.

Le 24 septembre, quatre mois seulement après avoir reçu Donald Trump à Pékin, Xi Jinping se rendra à Washington. Il serait tentant d’y voir le signe d’une détente accélérée entre les deux premières puissances mondiales.

Sommet Trump-Xi en septembre 2026

Les dirigeants des États-Unis, Donald Trump, et de la Chine, Xi Jinping, se rencontrent à Washington le 24 septembre 2026, quatre mois après un sommet à Pékin. Contrairement aux attentes d'une détente ou d'un accord majeur, ce sommet vise à organiser leur rivalité plutôt qu'à la résoudre. Ni l'un ni l'autre ne souhaite renoncer à la compétition technologique, commerciale et stratégique qui structure leur relation. Cependant, les deux pays cherchent à éviter que cette rivalité ne devienne incontrôlable. Le sommet s'inscrit dans un contexte où les tensions persistent, mais où une forme de négociation permanente émerge, transformant les instruments de pression en objets de négociation.

Objectifs divergents des deux dirigeants

Donald Trump et Xi Jinping ont des objectifs différents pour ce sommet. Pour Trump, qui fait face aux élections de mi-mandat le 3 novembre 2026, l'enjeu est d'obtenir des résultats visibles rapidement, comme des achats chinois de produits agricoles ou d'avions Boeing, des investissements créateurs d'emplois dans le secteur automobile, ou un accès plus régulier aux terres rares. Trump privilégie les résultats quantifiables pour démontrer l'efficacité de sa diplomatie. Pour Xi Jinping, la Chine arrive avec une position commerciale solide, mais des fragilités internes, comme une consommation faible et un investissement immobilier en baisse. Pékin cherche à préserver l'accès au marché américain et à obtenir plus de prévisibilité sur les restrictions technologiques américaines. La stabilisation recherchée est une stabilisation entre rivaux, pas entre partenaires.

Négociation des instruments de pression

Les tarifs douaniers, les terres rares, les contrôles technologiques et l'accès au marché ne sont plus seulement des armes dans la confrontation sino-américaine : ils deviennent aussi des jetons d'une négociation permanente. Par exemple, les discussions entre le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, et le vice-Premier ministre chinois, He Lifeng, avant le sommet ont porté sur les tarifs, les minerais critiques et l'intelligence artificielle. Les deux pays cherchent à réduire leurs vulnérabilités tout en préservant les dépendances qui leur donnent du pouvoir sur l'autre. Le découplage complet devient moins probable précisément parce que certaines interdépendances sont devenues trop utiles comme instruments de négociation.

Mécanismes bilatéraux en construction

Lors du sommet de mai 2026 à Pékin, Trump et Xi avaient annoncé la création de deux mécanismes bilatéraux : un Board of Trade pour traiter le commerce des produits non stratégiques et un Board of Investment pour les investissements. Quatre mois plus tard, le Board of Trade commence à prendre forme avec environ 30 milliards de dollars de produits susceptibles de bénéficier de réductions tarifaires réciproques. En revanche, le Board of Investment reste embryonnaire en raison des restrictions américaines sur les investissements chinois dans les secteurs sensibles. La délégation d'entreprises chinoises, comme BYD, CATL ou Xiaomi, accompagnant Xi Jinping vise à montrer que la relation économique sino-américaine peut encore produire des investissements et des contrats.

Terres rares et intelligence artificielle

Les terres rares illustrent cette nouvelle diplomatie transactionnelle. Plusieurs entreprises chinoises ont récemment ralenti leurs livraisons de minerais critiques aux États-Unis, malgré un engagement précédent à fluidifier ces exportations. Washington réclame désormais des garanties plus solides, tandis que la Chine peut utiliser l'accès à ces minerais comme contrepartie à des assouplissements tarifaires ou technologiques. Concernant l'intelligence artificielle (IA), les deux pays sont engagés dans une compétition pour la maîtrise des modèles, des semi-conducteurs et des applications militaires. Les discussions portent sur les risques liés aux cyberattaques utilisant l'IA ou à la diffusion de modèles puissants vers des acteurs non étatiques. Scott Bessent a évoqué la possibilité de définir des « gardes-fous » communs, similaires aux premières mesures de confiance de la guerre froide.

Taïwan, dossier sensible

Taïwan reste un dossier très sensible dans les discussions entre Trump et Xi. Pékin considère l'île comme une question centrale de souveraineté et cherche à obtenir des signaux américains plus favorables, notamment sur les ventes d'armes. En mai 2026, Trump avait qualifié les livraisons d'armes à Taïwan de « point de négociation possible », alors qu'un programme d'armement de 14 milliards de dollars reste en attente d'approbation. Cette approche inquiète Taipei et Tokyo, où l'on craint qu'un accord économique sino-américain puisse s'accompagner d'un infléchissement de la position américaine sur Taïwan. La Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, a rencontré Trump le 22 septembre 2026 pour aborder cette question.

Enjeux pour l'Europe

Pour l'Union européenne, ce sommet sino-américain est crucial. L'Europe peut être fragilisée par l'affrontement sino-américain, mais aussi marginalisée par leur rapprochement. Si Washington et Pékin commencent à décider ensemble quels produits sont « stratégiques » ou « non stratégiques », quelles restrictions à l'investissement sont acceptables, ou comment les licences de minerais critiques doivent être délivrées, ils définissent des règles auxquelles les entreprises européennes devront s'adapter. Une stabilisation sino-américaine pourrait donner aux entreprises américaines un accès préférentiel à certains marchés chinois, tandis qu'une reprise des hostilités commerciales renforcerait la réorientation des produits chinois vers le marché européen, déjà saturé. L'Europe prépare un éventuel bras de fer commercial avec Pékin en raison de ses déficits commerciaux persistants.

Ce que ça pourrait changer

Les domaines des *minerais critiques* et de l'*intelligence artificielle* illustrent particulièrement bien la difficulté pour l'Europe. L'Union européenne cherche à diversifier ses approvisionnements en matières premières et à définir des règles pour l'IA. Cependant, Washington et Pékin disposent de moyens technologiques, industriels et commerciaux qui leur permettent de transformer rapidement leur dialogue bilatéral en normes de fait. Le sommet du 24 septembre 2026 ne devrait donc pas réconcilier la Chine et les États-Unis, mais il pourrait confirmer leur capacité à organiser directement leur rivalité. Pour l'Europe, l'enjeu est désormais d'anticiper une entente relative entre Washington et Pékin sur des règles économiques qui s'imposerait de fait aux Européens, en approfondissant le marché unique et en renforçant l'intégration européenne.

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