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Mort d’Abisay Cruz : la méthode de contention du SPVM aurait contribué au décès

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 12 j

La coroner Géhane Kamel formule ses recommandations après la mort de ce Montréalais..

Décès d'Abisay Cruz

Abisay Cruz, un homme de 29 ans, est décédé le 30 mars 2025 à Montréal après une intervention policière. Selon le rapport de la coroner Géhane Kamel, son décès est accidentel et lié à une intoxication à la cocaïne ainsi qu'à une asphyxie positionnelle probable. L'intervention a duré environ 24 minutes, entre 8 h 08 et 9 h 13, moment où son décès a été constaté à l'hôpital Fleury. Les policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ont utilisé une méthode de contention controversée lors de l'arrestation et du transport de M. Cruz vers l'ambulance.

Méthode de contention hogtied

La méthode de contention appelée hogtied consiste à immobiliser une personne sur le ventre, avec les poignets et les chevilles liés derrière le dos. Cette technique, non enseignée au Québec depuis plus de 20 ans, a été utilisée lors de l'intervention policière. Elle est reconnue pour comporter des risques importants, notamment celui d'asphyxie positionnelle, où la posture du corps entrave la respiration en comprimant la cage thoracique. Le poids du corps sur l'abdomen bloque le diaphragme, limitant l'expansion des poumons. Cette méthode est désormais interdite ou restreinte dans plusieurs organisations policières et médicales en raison de ces dangers.

Contexte de l'intervention

L'intervention a débuté à 8 h 08 après qu'une voisine a appelé le 911 pour signaler qu'Abisay Cruz semblait en crise. Une dizaine de policiers et un superviseur ont dû intervenir pour maîtriser l'homme, très agité. Une partie de l'intervention s'est déroulée sur le balcon arrière du logement, puis à l'intérieur de l'appartement. M. Cruz a été couché sur le plancher de la cuisine, menotté aux pieds et aux poignets, puis immobilisé sur le ventre avec une sangle liant ses membres supérieurs. Il a ensuite été transporté dans les escaliers jusqu'au rez-de-chaussée, où il a été pris en charge par des ambulanciers paramédicaux. À 8 h 24, il ne réagissait plus et présentait un arrêt cardiorespiratoire.

Risques et dangers de la contention

La contention en position ventrale, comme la méthode hogtied, augmente significativement les risques d'asphyxie positionnelle, surtout si la personne est agitée, sous l'effet de stupéfiants ou en état de crise de santé mentale. Ces contraintes physiques s'aggravent également en cas d'obésité. Le manque d'oxygène peut entraîner un arrêt cardiorespiratoire soudain. Le Code de déontologie des policiers du Québec impose d'utiliser la force minimale nécessaire, et l'entrave de quatre points est jugée disproportionnée et dangereuse. Les policiers québécois sont formés à des techniques de contrôle à faible risque, comme basculer immédiatement une personne menottée sur le côté ou en position assise pour libérer sa respiration.

Abandon de la méthode au Québec

La méthode hogtied n'est plus enseignée à l'École nationale de police du Québec depuis le milieu des années 1990 et le début des années 2000. Son abandon fait suite à des rapports de coroners québécois sur des décès en détention ou lors d'arrestations, notamment liés au syndrome du délire excité. Ces rapports ont poussé le ministère de la Sécurité publique et l'École nationale de police à retirer cette pratique des programmes de formation en raison de ses risques avérés pour la santé et la sécurité des personnes.

Rôle des caméras d'intervention

La coroner Géhane Kamel souligne que l'implantation de caméras d'intervention portées par les policiers pourrait réduire les ambiguïtés entre les versions des policiers et des témoins civils. Ces caméras favorisent la transparence et répondent aux attentes du public dans un contexte de remise en question accrue de l'action policière. Elles sont présentées comme un levier pour rétablir un équilibre entre l'imputabilité des agents et leur protection. La coroner recommande leur déploiement pour les interventions impliquant l'usage de la force, des détentions ou des personnes en crise.

Défauts dans la supervision

La coroner critique le manque de réactivité du superviseur lors de l'intervention. Aucune intervention corrective, réévaluation des méthodes de contention ou remise en question des techniques employées n'a été observée, malgré la détérioration apparente de l'état d'Abisay Cruz. Elle souligne également l'indisponibilité d'une équipe de paramédicaux en soins avancés (PSA) au moment de l'intervention, recommandant à Urgences-santé de garantir la présence d'un nombre suffisant de ces professionnels à Montréal. Les PSA disposent d'une expertise en contention chimique, utile pour les patients agités.

Ce que ça pourrait changer

La coroner formule plusieurs recommandations pour le SPVM, dont le renforcement de la formation des policiers sur la reconnaissance des signes de détresse médicale, l'interdiction de la technique *hogtied*, la distribution de trousses de naloxone (un médicament pour contrer les overdoses) aux policiers, et le déploiement de caméras d'intervention. Pour Santé Québec, elle propose d'améliorer l'accessibilité des soins spécialisés pour les patients en agitation psychomotrice sévère. Urgences-santé est invitée à s'assurer que les moniteurs sont mis sous tension dès l'arrivée des paramédicaux, à rappeler les protocoles d'intervention clinique et à garantir une disponibilité suffisante des PSA sur l'île de Montréal.

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