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Culture

En Inde, peut-on s'attendre à une réforme structurelle de l'enseignement supérieur ?

France Culture - Savoirs · mis à jour 26 sept.

Sacrifice des familles, chômage des jeunes diplômés et suicides parmi les étudiants, le système de l'enseignement supérieur est en crise en Inde. Mais, pour le moment, la perspective d'un changement semble éloignée..

Crise de l'enseignement supérieur

L'Inde traverse une crise majeure dans son système d'enseignement supérieur, marquée par des sacrifices familiaux extrêmes pour financer les études des enfants. L'histoire de Ramabai Ranveer, une Indienne de 47 ans ayant couru pieds nus pour payer les études de ses filles, illustre cette pression sociale et économique. Le système est confronté à des problèmes structurels profonds, notamment une explosion du nombre d'étudiants depuis 20 à 30 ans, passant d'un système majoritairement public dans les années 1950 à un système aujourd'hui dominé à 75 % par des institutions privées aux frais d'inscription élevés. Cette évolution s'accompagne d'une compétition féroce pour des places limitées, générant un stress intense chez les étudiants. Les exemples de suicides, comme celui d'un étudiant à Bombay cette semaine, révèlent l'ampleur de cette crise.

Inégalités d'accès

Les inégalités d'accès à l'enseignement supérieur en Inde sont multiples et se superposent. Elles sont d'abord territoriales, avec des disparités marquées entre les États du Nord et ceux du Sud. Elles sont aussi sociales, liées aux castes (système traditionnel de stratification sociale en Inde), bien que des quotas aient été instaurés depuis l'indépendance pour favoriser les castes défavorisées. Enfin, elles sont genrées, même si paradoxalement, l'accès des femmes aux études supérieures a progressé grâce à ces politiques. Cependant, ces avancées ne suffisent pas à compenser les discriminations persistantes. Les jeunes issus de ces groupes marginalisés accèdent plus difficilement à des emplois qualifiés, malgré des diplômes de haut niveau.

Marché du travail tendu

L'Inde fait face à un défi démographique majeur : près d'un million de jeunes arrivent chaque mois sur le marché du travail, un rythme difficile à absorber. Le taux de chômage des 15-25 ans atteint 40 %, et celui des 25-29 ans s'élève à 20 %. Cette situation s'explique par des choix économiques récents, notamment ceux du BJP (Bharatiya Janata Party), le parti au pouvoir dirigé par Narendra Modi depuis 2014. Le gouvernement a privilégié une économie extravertie, axée sur l'exportation et les services, plutôt que le développement d'une industrie locale ou de services publics robustes. Résultat : malgré une population jeune et dynamique, l'Inde peine à créer suffisamment d'emplois stables et qualifiés pour ses diplômés.

Politiques éducatives en question

La démission du ministre de l'Éducation en juillet 2026, suivie de manifestations à Bengaluru, reflète l'insatisfaction croissante face aux politiques éducatives. Le système actuel, largement privatisé, ne parvient pas à répondre aux besoins d'une population étudiante en forte croissance. Les familles, contraintes de s'endetter ou de faire des sacrifices extrêmes, voient leurs efforts souvent réduits à néant face au chômage des jeunes diplômés. Les experts soulignent l'absence de réformes structurelles profondes, malgré les alertes répétées sur la crise. Le gouvernement, en place depuis plus de dix ans, n'a pas réussi à inverser la tendance, maintenant un modèle économique qui creuse les inégalités sociales et territoriales.

Ce que ça pourrait changer

La crise de l'enseignement supérieur en Inde a des répercussions sociales dramatiques. Les suicides d'étudiants, comme celui mentionné à Bombay, sont devenus un phénomène récurrent, symptomatique du stress et de l'anxiété générés par un système éducatif et économique défaillant. Parallèlement, les inégalités explosent, atteignant des niveaux inédits depuis l'indépendance du pays en 1947. Cette situation menace la stabilité sociale et économique du pays, alors que l'Inde dispose pourtant d'un atout démographique majeur avec une population jeune. Les choix politiques récents, en faveur d'une élite économique plutôt que d'un développement inclusif, aggravent cette fracture et rendent improbable, à court terme, une réforme structurelle ambitieuse.

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