Pompiers volontaires : ce modèle peut-il encore tenir face aux mégafeux ?
L’ESSENTIEL Près de 80 % des pompiers français ne sont pas salariés. Volontaires, ils combattent le feu après leur travail ou pendant leurs jours de congé.
En France, près de 80% des sapeurs-pompiers (pompiers) sont des volontaires, c'est-à-dire des personnes qui exercent cette mission sans en faire leur métier principal. Ces volontaires interviennent après leur journée de travail ou pendant leurs jours de congé, souvent sans aménagements spécifiques de la part de leur employeur. Leur engagement est crucial pour assurer la continuité des secours sur l'ensemble du territoire, car les services départementaux d'incendie et de secours (SDIS) dépendent largement de leur disponibilité. Cependant, ce modèle montre des signes de fragilité : beaucoup de volontaires ne tiennent pas plus de trois ans dans cette mission, en raison des contraintes personnelles, professionnelles et physiques qu'elle impose. Les incendies de plus en plus fréquents et intenses, comme ceux observés en Gironde, mettent en lumière les limites de ce système, déjà sous tension depuis plusieurs années.
Les services départementaux d'incendie et de secours (SDIS) sont les structures locales chargées de la gestion des secours en France. Elles organisent les interventions des pompiers, qu'ils soient professionnels ou volontaires, et assurent leur formation. Les SDIS sont confrontés depuis des années à des difficultés d'organisation et de moyens, ce qui les pousse à recruter un grand nombre de volontaires pour garantir une réponse rapide aux appels d'urgence. En 2023, les pompiers français ont effectué plus de 86% de leurs interventions pour des secours d'urgence aux personnes, tandis que seulement 6% concernaient des incendies. Pourtant, les mégafeux récents ont révélé que les SDIS doivent désormais faire face à des situations de crise plus longues et plus intenses, nécessitant une réorganisation des effectifs et des ressources.
Pour devenir sapeur-pompier volontaire, une formation initiale est obligatoire, d'une durée moyenne de 30 jours, répartie en plusieurs modules. Cette formation permet d'acquérir des compétences comparables à celles des pompiers professionnels, mais en moins de temps. Cependant, les exigences augmentent avec le temps : certains SDIS imposent aux volontaires un minimum d'heures de service par an, comme 900 heures dans le Lot-et-Garonne ou 48 heures de garde par mois dans les Yvelines. Ces contraintes, bien que nécessaires pour assurer la disponibilité des secours, peuvent décourager des volontaires motivés mais limités par leurs contraintes familiales ou professionnelles. Par ailleurs, un dispositif appelé engagement différencié permet aux volontaires de se former uniquement à certaines missions, comme le secours d'urgence, réduisant ainsi la durée de leur formation. Cette approche, bien que pratique, pose question face à l'augmentation des mégafeux, car elle limite le nombre de volontaires formés spécifiquement à la lutte contre les incendies.
Lors des incendies en Gironde, la solidarité citoyenne a joué un rôle clé : des agriculteurs ont spontanément prêté main-forte aux pompiers avec leurs tracteurs, et des habitants ont organisé des repas ou offert un soutien logistique aux équipes. Cette mobilisation est précieuse, mais elle révèle les limites du modèle actuel. Les agriculteurs, bien qu'ils connaissent bien le terrain, ne disposent pas de la formation ni de l'équipement des pompiers, ce qui les expose à des risques. De plus, la gestion des besoins logistiques, comme la nourriture, le repos ou les vêtements pour les pompiers, a souvent été assurée par des initiatives locales plutôt que par une organisation centralisée. Ces exemples soulignent la nécessité d'améliorer la préparation et les ressources des SDIS pour faire face à des crises prolongées.
Un sapeur-pompier volontaire s'engage en moyenne pendant onze ans et six mois, mais ce chiffre masque de fortes disparités selon les territoires et les profils. Beaucoup abandonnent au cours des premières années, en raison des contraintes personnelles et professionnelles. Pour fidéliser les volontaires, il est essentiel de repenser leur engagement dans la durée, en tenant compte de leurs réalités sociales. Par ailleurs, augmenter le nombre de pompiers professionnels permettrait non seulement d'améliorer la disponibilité des équipes, mais aussi de capitaliser sur une expérience précieuse. En effet, la gestion des incendies et des crises évolue avec l'expérience : un pompier expérimenté réagit avec plus d'efficacité lors de sa centième intervention que lors de sa troisième. Or, le turnover important chez les volontaires rend difficile l'accumulation de cette expérience.
Les incendies récents en France ont mis en lumière les failles du modèle actuel de sécurité civile, qui repose sur une complémentarité entre pompiers professionnels et volontaires. Face à l'augmentation de la fréquence et de l'intensité des mégafeux, il devient urgent de repenser ce modèle. Deux axes principaux se dégagent : d'abord, adapter le système actuel pour mieux répondre aux nouvelles réalités climatiques et environnementales ; ensuite, renforcer les moyens humains, matériels, sanitaires et logistiques des SDIS. Cela implique de mieux former les volontaires aux missions spécifiques, comme la lutte contre les incendies, et d'envisager une augmentation des effectifs professionnels. Ces réformes nécessitent des investissements durables, loin des contraintes budgétaires de court terme qui ont souvent guidé les politiques publiques ces dernières années.

