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Droit

Les enfants afghans grandissent sous l’emprise de l’idéologie talibane

ONU : Droits humains · mis à jour il y a 12 j

Cinq ans après leur retour au pouvoir, les Talibans ont instauré un système qui transforme durablement la société afghane. Les filles sont privées d’école, tandis que les garçons reçoivent un enseignement fortement idéologisé.

Contrôle taliban en Afghanistan

En Afghanistan, depuis le retour au pouvoir des Talibans en 2021, le régime impose une idéologie restrictive qui encadre tous les aspects de la vie quotidienne. Selon Richard Bennett, Rapporteur spécial sur les droits de l’homme en Afghanistan à l’ONU, cette doctrine s’immisce dans l’intimité des familles en dictant les règles des mariages, en contrôlant la pratique religieuse, en limitant les vêtements autorisés et en réduisant l’espace d’expression des citoyens. Ce système repose sur une discrimination systématique envers les femmes et les filles, devenue un pilier du pouvoir taliban. Bennett qualifie cette situation d’apartheid du genre, un terme désignant une ségrégation institutionnalisée et systématique. Les conséquences de ces politiques sont dites intergénérationnelles, c’est-à-dire qu’elles affecteront non seulement les générations actuelles, mais aussi les futures. Bennett souligne que ces mesures ne se contentent pas de nuire aujourd’hui, mais qu’elles façonnent la société de demain.

Impact sur les jeunes générations

Les jeunes Afghans, qui représentent une part importante de la population, subissent de plein fouet les conséquences de ces politiques. Selon les données, 46 % des Afghans ont moins de 15 ans et les deux tiers de la population ont moins de 25 ans. Pourtant, les Talibans refusent de reconnaître la définition internationale de l’enfant, qui inclut toute personne âgée de moins de 18 ans. Les témoignages recueillis par Bennett révèlent un quotidien marqué par la peur, les larmes et le désespoir. Les filles sont exclues de l’enseignement secondaire et poussées vers le mariage précoce. En mai 2026, un décret sur la séparation conjugale a légitimé le mariage de filles ayant atteint la puberté, et leur silence peut être interprété comme un consentement. Les violences envers les femmes et les jeunes filles ne sont sanctionnées que si elles laissent des traces visibles, comme des fractures ou des ecchymoses, et les peines restent largement insuffisantes. Ces mesures renforcent les inégalités et perpétuent un ordre social discriminatoire.

Éducation et idéologie

Les garçons continuent d’aller à l’école, mais leur éducation est de plus en plus imprégnée d’idéologie talibane. Les Talibans enseignent que l’exclusion des filles est légitime, ce qui risque de façonner les mentalités des jeunes générations et de perpétuer cet ordre social à l’âge adulte. Bennett souligne que cette éducation contribue à normaliser la discrimination envers les femmes. Pourtant, malgré ces restrictions, certaines filles étudient clandestinement et s’instruisent mutuellement. D’autres jeunes Afghans, bien que sous pression, témoignent, s’organisent et cherchent à participer à l’avenir de leur pays. Leur résistance montre que la société afghane n’est pas entièrement soumise à l’idéologie talibane, même si les obstacles restent immenses.

Crise humanitaire et malnutrition

La situation en Afghanistan est aggravée par une crise humanitaire majeure. Environ 9 millions d’enfants sont confrontés à une faim sévère, et 3,7 millions d’enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aiguë. Les restrictions imposées aux femmes et aux filles compliquent encore l’accès à l’aide humanitaire. Bennett a également reçu des informations faisant état de tentatives de suicide chez les filles. Les causes de cette crise sont multiples : insécurité alimentaire, malnutrition, retours massifs depuis les pays voisins, chocs climatiques et insuffisance des services essentiels. Les organisations humanitaires, comme l’UNICEF, tentent de répondre à ces besoins, mais les financements manquent cruellement. En 2026, sur les 1,71 milliard de dollars nécessaires pour le Plan de réponse humanitaire, seuls 518 millions avaient été reçus, soit 30 % des fonds requis.

Ce que ça pourrait changer

La réponse internationale à la crise afghane est limitée par un manque de financements. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) décrit une situation financière « très tendue ». Les partenaires humanitaires ont dû fermer des sites et réduire leur couverture géographique, ce qui perturbe les chaînes d’approvisionnement. Pourtant, l’aide reste indispensable pour plus de 555 000 personnes vivant dans des districts classés au niveau de gravité intersectoriel 4, sur une échelle de 5. Les restrictions imposées aux femmes et aux filles compliquent encore l’accès à cette aide. Bennett appelle le Conseil des droits de l’homme de l’ONU à transformer les condamnations en actes, soulignant que les Talibans ont appris à repousser les limites sans en payer le prix. Selon lui, chaque protestation verbale sans action concrète envoie un message de tolérance envers ces violations des droits humains.

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