Les parents sous-évaluent le temps passé par les enfants sur les IA génératives
Un sondage effectué par YouGov pour le think tank européen Interface montre que les enfants de plus de 11 ans utilisent quasiment autant les IA génératives que leurs parents. Mais ceux-ci sous-évaluent ce temps d’utilisation.
Un sondage mené par YouGov pour le think tank européen Interface révèle que 86 % des adolescents français âgés de 11 à 17 ans utilisent régulièrement des outils d’intelligence artificielle (IA) générative. Ces outils permettent de créer du contenu (texte, image, son) à partir de requêtes, comme ChatGPT ou Gemini. Parmi eux, 78 % déclarent utiliser des IA génératives généralistes, tandis que 55 % utilisent des assistants vocaux (comme Siri ou Alexa), 55 % des IA intégrées aux réseaux sociaux (comme My AI sur Snapchat) et 49 % des compagnons IA (comme Replika). Ces chiffres sont issus d’un échantillon de 970 adolescents, interrogés avec l’accord de leurs parents. L’étude souligne que l’adoption de ces outils est massive, mais que leur utilisation exacte reste méconnue des adultes.
Les parents sous-estiment systématiquement l’usage des IA génératives par leurs enfants. Par exemple, 76 % des parents pensent que leurs enfants utilisent des IA génératives, alors que 86 % des adolescents le confirment. L’écart est encore plus marqué pour les outils généralistes : 66 % des parents estiment que leur enfant les utilise, contre 78 % des enfants. Pour les assistants vocaux, l’écart est de 49 % (parents) contre 55 % (enfants). Les parents minimisent aussi la fréquence d’utilisation : 41 % pensent que leurs enfants utilisent ces outils au moins une fois par semaine, alors que 51 % des adolescents le déclarent. Cette sous-évaluation est plus marquée pour les enfants plus jeunes, où les parents ont encore moins conscience de leur exposition à ces technologies.
Les parents français sont globalement bien informés sur les IA génératives. 97 % connaissent les chatbots généralistes comme ChatGPT ou Gemini, 94 % les assistants vocaux, 85 % les IA intégrées aux réseaux sociaux (comme Meta AI sur Instagram), et 70 % les compagnons IA (comme Character.AI). Leur propre utilisation reflète cette connaissance : 80 % utilisent une IA générative généraliste, 57 % des assistants vocaux, 45 % des IA intégrées aux réseaux sociaux et 33 % des compagnons IA. Ces données proviennent d’un échantillon de 1 138 parents, interrogés dans le cadre du même sondage. L’étude montre que les adultes sont à la fois familiers avec ces outils et actifs dans leur utilisation.
Les parents perçoivent davantage de risques liés à l’utilisation des IA génératives par leurs enfants que ces derniers. 32 % des parents estiment que ces outils peuvent être utiles pour la réussite scolaire, mais 27 % craignent qu’ils nuisent au développement de la réflexion personnelle de leur enfant. De même, 32 % pensent qu’ils aident à approfondir les connaissances, tandis que 24 % redoutent qu’ils exposent l’enfant à des informations fausses ou trompeuses. Ces craintes reflètent une méfiance envers la fiabilité et l’impact cognitif de ces technologies. L’étude révèle ainsi une tension entre l’acceptation de l’outil et la crainte de ses effets négatifs sur le développement des jeunes.
Les adolescents ont une vision plus positive et pragmatique des IA génératives. 47 % estiment que ces outils leur font gagner du temps, notamment pour les devoirs, tandis que seulement 17 % pensent qu’ils les empêchent de réfléchir par eux-mêmes. Cette perception contraste avec celle des parents, qui craignent davantage les effets négatifs. Les enfants reconnaissent aussi des bénéfices concrets, comme l’accès à des connaissances ou l’automatisation de tâches répétitives. Cependant, leur rapport à ces outils n’est pas exempt de critiques : 92 % souhaiteraient passer moins de temps sur les IA, et 59 % ont l’impression d’être incités à les utiliser plus qu’ils ne le voudraient.
Les enfants expriment une forme de lassitude ou de perte de contrôle face à l’utilisation des IA génératives. 59 % ont l’impression de passer trop de temps avec des compagnons IA, 57 % avec des IA intégrées aux réseaux sociaux, 45 % avec les outils généralistes et 43 % avec les assistants vocaux. Ces chiffres révèlent un sentiment de dépendance ou d’excès, même si les adolescents reconnaissent les avantages de ces outils. La majorité d’entre eux (92 %) souhaiteraient réduire leur temps d’utilisation, ce qui suggère une prise de conscience des limites ou des risques liés à une utilisation intensive. Cette donnée met en lumière un paradoxe : les enfants utilisent massivement les IA, mais en perçoivent aussi les effets indésirables.
Ce sondage a été commandé par le think tank européen *Interface*, une association apartisane et indépendante, financée par des fondations comme l’*Open Society Foundation* ou la *William and Flora Hewlett Foundation*. L’étude a été réalisée par *YouGov* en octobre 2026, auprès de **1 138 parents** et **970 adolescents** âgés de 11 à 17 ans, avec l’accord des parents. Son objectif était de mesurer l’accès et l’usage des IA génératives en France, ainsi que la perception de ces outils par les deux populations. Les résultats montrent une adoption rapide et massive de ces technologies par les jeunes, mais aussi des écarts de perception entre générations concernant leurs bénéfices et leurs risques.

