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Au Kenya, choisir son poisson devient un véritable dilemme sanitaire

The Conversation France · mis à jour il y a 9 j

L’ESSENTIEL Le poisson apporte des nutriments essentiels, mais peut aussi contenir des contaminants liés à la pollution. Les consommateurs doivent donc arbitrer entre ces deux dimensions.

Poisson : double enjeu santé

Le poisson est un aliment essentiel pour la santé, notamment grâce à ses oméga-3, des graisses bénéfiques qui protègent le cœur et le cerveau. Cependant, il peut aussi contenir des contaminants invisibles comme des métaux lourds (plomb, mercure) ou des pesticides, liés à la pollution des eaux. Ces substances, même en petites quantités, peuvent être nocives pour l’organisme, surtout pour les enfants ou les femmes enceintes. Les consommateurs doivent donc arbitrer entre les bénéfices nutritionnels et les risques sanitaires, un choix rendu complexe car ces deux aspects sont invisibles à l’œil nu. Par exemple, le tilapia, un poisson très consommé au Kenya, illustre ce dilemme : riche en nutriments, il peut aussi accumuler des toxines comme les microcystines, produites par des algues polluantes dans le lac Victoria.

Risques prioritaires pour les Kenyans

Une étude menée autour du lac Victoria, au Kenya, révèle que les consommateurs accordent plus d’importance aux risques qu’aux bénéfices lorsqu’ils choisissent leur poisson. Sur 93 % des participants ayant mangé du poisson la semaine précédente, la majorité a réagi davantage aux avertissements sur les contaminants qu’aux informations nutritionnelles. Par exemple, une étiquette indiquant un niveau élevé de toxines influence plus fortement leur décision qu’une mention sur la richesse en oméga-3. Cette préférence s’explique par la méfiance envers les produits potentiellement dangereux, même si cela peut les priver de nutriments essentiels. Les chercheurs soulignent que cette réaction peut conduire à une réduction globale de la consommation de poisson, comme observé aux États-Unis après des mises en garde sur le mercure, privant ainsi la population de ses bienfaits.

Pollution du lac Victoria

Le lac Victoria, plus grand lac d’Afrique, subit une pollution intense due aux eaux usées et aux ruissellements agricoles. Ces polluants favorisent la prolifération d’algues toxiques, comme les Microcystis, qui produisent des microcystines, des toxines dangereuses pour l’homme. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a fixé des seuils maximaux d’ingestion pour ces toxines, plus stricts pour les enfants. Dans l’étude, les participants devaient choisir entre des poissons étiquetés avec des niveaux de nutriments et de toxines (faible, moyen, élevé). Les résultats montrent que plus le risque de contamination est élevé, moins les bénéfices nutritionnels influencent leur décision, confirmant que les deux dimensions sont évaluées ensemble et non séparément.

Choix nuancés mais inégaux

Les consommateurs kényans ne réagissent pas tous de la même manière aux informations sur les nutriments et les contaminants. Certains prennent en compte les deux aspects avec soin, tandis que d’autres y sont moins sensibles, notamment ceux ayant des revenus plus faibles, un niveau d’éducation moins élevé ou une moins bonne connaissance des risques environnementaux. Ces populations, déjà plus vulnérables, pourraient alors consommer des poissons moins chers mais plus contaminés si les consommateurs mieux informés évitent ces produits. Cela crée une inégalité invisible où les risques sanitaires se concentrent sur les plus défavorisés, même si l’information est améliorée. Les chercheurs appellent à une approche équilibrée pour éviter ce phénomène.

Solutions pour éclairer les choix

Pour aider les consommateurs à faire des choix éclairés, les chercheurs explorent des relations entre les caractéristiques des poissons (espèce, taille) et leur teneur en nutriments ou contaminants. Même si un étiquetage précis par poisson reste difficile, ces données pourraient servir de base à des recommandations simples pour guider les achats. Les campagnes d’information doivent communiquer à la fois sur les bénéfices et les risques, en évitant de privilégier l’un au détriment de l’autre. Par exemple, mentionner à la fois la richesse en oméga-3 et les niveaux de toxines permettrait aux consommateurs de prendre des décisions adaptées à leur situation. Cependant, la responsabilité ne doit pas reposer uniquement sur les consommateurs : réduire la pollution des écosystèmes aquatiques est essentiel pour garantir la sécurité alimentaire et la qualité du poisson.

Ce que ça pourrait changer

Cette étude a été menée par une équipe internationale de chercheurs, dont des experts de l’**Université Cornell** (États-Unis) et de l’**Institut kényan de recherche marine et halieutique (KMFRI)**. Les données ont été collectées auprès de consommateurs vivant autour du lac Victoria, un écosystème sous pression en Afrique de l’Est. Les résultats s’inscrivent dans un contexte plus large où la **sécurité alimentaire** et la **santé publique** sont menacées par la pollution, notamment dans les pays en développement. Les auteurs soulignent que les solutions doivent combiner **éducation des consommateurs**, **amélioration de l’étiquetage** et **réduction de la pollution**, sans laisser la charge uniquement aux individus.

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