Le Pentagone s’en prend aux puissances moyennes
Ce que révèle un texte largement commenté d’Elbridge Colby sur l'avenir de l'ordre de sécurité américain. L’article Le Pentagone s’en prend aux puissances moyennes est apparu en premier sur Le Grand Continent..
Elbridge Colby, sous-secrétaire américain à la Défense chargé de la politique au Département de la Guerre (anciennement Pentagone), est un stratège républicain spécialiste de la défense. Il défend une approche réaliste où les alliances dépendent des intérêts, de la géographie, de l’économie et de la puissance militaire. Dans un message publié le 14 juillet 2026 sur X (anciennement Twitter), il s’adresse aux alliés des États-Unis pour les dissuader de coordonner leurs efforts avec d’autres puissances moyennes. Colby affirme que l’accès à l’industrie de défense américaine est un privilège et non un droit, sous-entendant que les pays dépendants pourraient perdre cet accès s’ils s’éloignent de Washington. Son intervention survient après le défilé du 14 juillet à Paris, où 35 pays ont défilé sans les États-Unis, illustrant une possible fragmentation des alliances traditionnelles.
La stratégie collective des puissances moyennes désigne l’idée selon laquelle des pays comme le Canada, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie ou des membres de l’Union européenne pourraient coordonner leurs politiques de défense pour réduire leur dépendance aux États-Unis. Cette approche vise à diversifier les fournisseurs d’armes et à renforcer les industries de défense nationales. Cependant, Colby rejette cette idée, la qualifiant de distraction et de compréhension erronée des relations internationales. Il argue que ces pays n’ont pas de base cohérente d’alignement entre eux. Pourtant, certains analystes, comme l’historien Alexander Clarkson, soulignent que ces initiatives répondent à des tendances structurelles (économiques, démographiques) qui pourraient affaiblir la capacité des États-Unis à maintenir leur statut d’hyperpuissance.
Colby affirme que les alliés des États-Unis montrent un signal de demande incroyablement fort pour la présence militaire américaine, sous la présidence de Donald Trump. Cependant, cette interprétation est contestée. Certains observateurs, comme Clarkson, y voient plutôt une dépendance à court terme des alliés, qui cherchent en parallèle des partenaires alternatifs face à l’imprévisibilité et aux actions unilatérales de Washington. Par exemple, Trump a remis en cause des engagements de sécurité, imposé des droits de douane et suspendu l’assistance à l’Ukraine, poussant les Européens à développer leurs propres capacités militaires. Cette dynamique illustre un paradoxe : les États-Unis reprochent à leurs alliés de vouloir plus d’autonomie, tout en adoptant des politiques qui la rendent nécessaire.
Face à la réduction de l’engagement américain, plusieurs pays européens renforcent leur coopération militaire. Le 13 juillet 2026, dix pays (Danemark, France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Norvège, Espagne, Suède, Ukraine et Royaume-Uni) ont annoncé la création de la Coalition intégrée contre les missiles balistiques. Leur objectif est de développer une capacité européenne commune pour contrer les missiles balistiques. Parallèlement, la France et l’Ukraine ont signé un accord prévoyant la livraison de 16 avions de combat Rafale entre 2027 et 2028, ainsi que des systèmes de défense antiaérienne SAMP/T NG. L’Ukraine apportera en échange des technologies en drones et ouvrira 10 centres d’exportation d’armes en Europe pour écouler ses surplus. Ces initiatives montrent une montée en puissance des industries de défense européennes, indépendamment des États-Unis.
L’article souligne que les États-Unis peinent à moderniser leurs armées, notamment dans les domaines des drones et des systèmes sans pilote. Lors de la guerre contre l’Iran, Washington a utilisé des drones comme le *GARC* (un drone-boat) et le *LUCAS* (un système de combat sans pilote adapté du drone iranien *Shahed-136*), mais a montré des limites dans ses capacités de riposte. Ces lacunes contrastent avec les avancées européennes et ukrainiennes, qui comblent partiellement le vide laissé par le désengagement américain. Cette situation renforce l’argument des partisans d’une autonomie stratégique européenne, malgré les critiques de Colby.

