Longévité : la vitamine D pourrait réduire la mortalité par cancer de 12 %, mais uniquement selon un schéma posologique précis
Ralentir le vieillissement grâce à un simple comprimé fait rêver, mais cette promesse reste controversée. Parmi les pistes étudiées, la vitamine D suscite un intérêt particulier pour ses effets possibles sur nos chromosomes.
En juillet 2025, des chercheurs américains ont publié dans l’American Journal of Clinical Nutrition les résultats d’un essai clinique nommé VITAL. Cet essai a évalué l’impact de la vitamine D sur le vieillissement cellulaire chez environ 1 000 adultes. Les participants ont reçu soit 2 000 unités internationales de vitamine D par jour, soit des oméga-3, soit un placebo. Après deux et quatre ans, les chercheurs ont mesuré la longueur des télomères, des structures situées à l’extrémité des chromosomes qui raccourcissent avec l’âge et l’usure cellulaire. Sous vitamine D, le raccourcissement des télomères a été ralenti de près de trois ans par rapport au groupe placebo, suggérant un effet anti-âge potentiel.
Les télomères jouent un rôle clé dans le vieillissement cellulaire. Ils agissent comme des « embouts » protecteurs aux extrémités des chromosomes, similaires aux plastiques au bout des lacets. À chaque division cellulaire, les télomères s’usent légèrement. Lorsqu’ils deviennent trop courts, la cellule ne peut plus se diviser correctement, ce qui favorise l’apparition de maladies comme le cancer, le diabète ou la démence. Dans l’étude VITAL, la vitamine D a permis de ralentir ce processus, mais cette mesure reste controversée car les télomères ne sont pas considérés comme un marqueur universel du vieillissement par tous les biologistes.
Sebastian Grönke, biologiste à l’institut Max-Planck de biologie du vieillissement, souligne que les télomères ne reflètent pas à eux seuls le vieillissement biologique. Les chercheurs privilégient désormais d’autres indicateurs, comme l’inflammaging (contraction de inflammation et vieillissement), un phénomène d’inflammation chronique de bas grade qui s’installe avec l’âge. Des marqueurs sanguins comme l’interleukine-6, la protéine C-réactive ou la molécule GDF-15 permettent de mesurer cette inflammation. Selon Grönke, se fier uniquement aux télomères pour évaluer les effets de la vitamine D sur le vieillissement est donc insuffisant.
En Allemagne, plus de 50 % de la population présente un déficit en vitamine D. Une analyse britannique portant sur plus de 300 000 adultes a montré qu’un taux de vitamine D inférieur à 25 nanomoles par litre était associé à une surmortalité accrue, notamment par cancer et maladies cardiovasculaires. Le risque de décès augmente de 25 % en dessous de ce seuil et sextuple lorsque le taux descend sous 10 nanomoles par litre. Ces données soulignent l’importance d’un apport suffisant en vitamine D pour la santé globale.
Une méta-analyse regroupant 14 études et plus de 100 000 participants a révélé que la vitamine D pourrait réduire la mortalité par cancer de 12 %, mais uniquement si elle est prise quotidiennement à petites doses. En revanche, une prise mensuelle à forte dose n’a pas montré d’effet similaire. La forme active de la vitamine D, disponible en continu dans l’organisme, pourrait ainsi contribuer à freiner la progression des tumeurs. Ces résultats suggèrent que la régularité et la posologie sont cruciales pour observer un bénéfice.
Sebastian Grönke rappelle que le vieillissement en bonne santé dépend avant tout d’un équilibre entre les macronutriments : glucides, lipides et protéines. Une alimentation variée et adaptée reste donc la base pour bien vieillir. La vitamine D, bien que prometteuse, ne doit pas être considérée comme une solution miracle. Son rôle dans la longévité doit être évalué dans le cadre d’une approche globale, incluant d’autres nutriments et facteurs de mode de vie.

