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Environnement

«La lutte contre les pesticides fait partie des combats antiracistes» : la colonisation chimique au cœur de la marche contre Syngenta

Vert.eco · mis à jour 5 oct.

Plus de 15 000 personnes ont manifesté contre les pesticides et le géant de l’agrochimie Syngenta, samedi, à Saint-Pierre-la-Garenne (Eure). Au sein du cortège, les revendications anticoloniales se sont imposées.

Manifestation massive

Le 3 octobre 2026, plus de 15 000 personnes se sont rassemblées à Saint-Pierre-la-Garenne (Eure) pour protester contre les pesticides et l’entreprise Syngenta, leader mondial de leur production. Cette marche a été organisée par plusieurs collectifs : Les Soulèvements de la Terre, Cancer colère, le Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest (CSVPO) et la Confédération paysanne. Parmi les manifestants figuraient des malades, des paysans, des soignants ainsi que des collectifs antiracistes. L’objectif était de dénoncer le colonialisme chimique, un concept popularisé par la géographe brésilienne Larissa Mies Bombardi, qui désigne l’exportation de pesticides interdits en Europe vers des pays souvent pauvres où ils restent autorisés. Syngenta, cible principale de la manifestation, est accusée de produire et vendre des substances dangereuses sans égard pour les populations locales et l’environnement.

Colonialisme chimique

Le colonialisme chimique est un phénomène où des entreprises occidentales, comme Syngenta, exportent des pesticides interdits dans leur pays d’origine vers des pays en développement. Ces produits, souvent toxiques, sont utilisés dans des contextes où les réglementations sont moins strictes, exposant les populations et les écosystèmes à des risques sanitaires et environnementaux. Par exemple, le Fipronil, interdit en France, est vendu dans d’autres pays. Ce concept a été théorisé par Larissa Mies Bombardi et est au cœur des revendications des manifestants. Il s’inscrit dans une logique de domination économique et politique, où les pays riches externalisent les dangers de leur industrie vers les pays pauvres. Les exemples cités incluent l’agent orange, utilisé pendant la guerre du Vietnam, et le chlordécone, épandu dans les bananeraies des Antilles françaises jusqu’en 1993.

Alliances inédites

La manifestation du 3 octobre 2026 a marqué une alliance inédite entre des mouvements écologistes, des collectifs antiracistes, des victimes de pesticides et des paysans. Des organisations comme Vietnam Dioxine, engagé contre les séquelles de l’agent orange, ou le Coaadep, qui lutte contre les effets du chlordécone en Guadeloupe et en Martinique, ont rejoint la mobilisation. Des collectifs antiracistes, comme Génération panasiatique ou Urgence Palestine, ont également participé, soulignant le lien entre la lutte contre les pesticides et les combats antiracistes. Julie Nguyen, de Génération panasiatique, a expliqué que l’Inde, par exemple, est le pays où l’on dénombre le plus de décès liés aux pesticides, illustrant ainsi l’impact disproportionné de ces substances sur les populations des pays du Sud. Cette coalition reflète une prise de conscience croissante de l’interconnexion entre enjeux écologiques, sociaux et raciaux.

Rôle de Syngenta

Syngenta, entreprise suisse spécialisée dans les pesticides, est au centre des critiques pour son implication dans le colonialisme chimique. Elle est accusée d’avoir financé des milices au Brésil pour assassiner des syndicalistes paysans, comme Valmir Mota de Oliveira en 2018. Son ancêtre, Imperial Chemical Industries (ICI), a également produit l’agent orange, utilisé par l’armée britannique en Malaisie dans les années 1950 avant d’être massivement épandu par les États-Unis pendant la guerre du Vietnam. Syngenta possède une filiale, Adama, active dans les territoires occupés palestiniens, où elle est accusée de participer à des épandages massifs de glyphosate, un herbicide controversé. Ces pratiques sont dénoncées comme un outil de la colonisation israélienne, contribuant à la destruction des moyens de subsistance des paysans palestiniens et à la pollution des terres.

Revendications et réactions

Les manifestants exigent l’interdiction totale de l’exportation de pesticides depuis l’Europe vers des pays tiers, où ils sont souvent autorisés malgré leur dangerosité. Syngenta, de son côté, affirme que ses exportations respectent les réglementations locales, une position jugée indécente par les organisateurs, qui dénoncent un commerce basé sur la domination et l’impunité. Fanny Métrat, de la Confédération paysanne, a déclaré : « C’est un commerce indécent, on n’en peut plus de ces postures de domination. » Les organisateurs soulignent également l’absence d’intervention des institutions européennes pour protéger les populations étrangères affectées par ces produits. La marche s’est terminée sous une ambiance déterminée, malgré des tirs de gaz lacrymogènes en fin de journée, marquant le début d’une campagne plus large visant à faire fermer définitivement les sites de production de pesticides.

Ce que ça pourrait changer

La manifestation du 3 octobre 2026 est perçue comme une victoire politique par les organisateurs, car elle a permis de créer une alliance durable entre des mouvements écologistes, antiracistes et paysans. Renda Belmallem, universitaire spécialiste des enjeux raciaux et écologiques, a salué cette avancée, tout en soulignant la nécessité de pérenniser ces collaborations pour amplifier l’impact des luttes. Les participants ont exprimé leur détermination à poursuivre les actions, notamment par des occupations et des campagnes ciblées contre les sites de production de pesticides. Fleur Breteau, de Cancer colère, a conclu : *« Syngenta devra payer. »* Cette mobilisation marque ainsi le début d’une nouvelle phase de résistance contre l’industrie agrochimique et ses pratiques colonialistes.

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