Les nouveaux visages de la criminalité environnementale
[1 / 4] Trafic de fourmis : les dessous d'un business juteux en pleine explosion [Les nouveaux visages de la criminalité environnementale 1/4] Les fourmis sont au cœur d'un trafic qui peut rapporter gros aux vendeurs qui pullulent sur internet. Un business, en pleine explosion, qui peut causer d'importants dégâts écologiques.
L'article souligne que la criminalité environnementale ne se limite plus aux infractions classiques comme le braconnage ou le trafic d'espèces protégées. Elle inclut désormais des activités illégales liées à la pollution, à l'exploitation illégale des ressources naturelles ou encore aux fraudes aux subventions écologiques. Ces nouvelles formes de criminalité profitent souvent de failles dans les régulations internationales ou nationales, où les lois peinent à suivre l'évolution des pratiques économiques et technologiques. Par exemple, le trafic de déchets électroniques, estimé à 10 millions de tonnes par an dans le monde, illustre cette expansion des activités illégales. Ces déchets, souvent exportés illégalement vers des pays en développement, y sont traités dans des conditions dangereuses pour la santé et l'environnement. Les acteurs de cette criminalité vont des réseaux criminels organisés aux entreprises qui contournent les réglementations pour réduire leurs coûts.
Les multinationales occupent une place centrale dans cette criminalité environnementale moderne, notamment à travers des pratiques comme l'évasion fiscale écologique ou le greenwashing. L'évasion fiscale écologique désigne le fait pour une entreprise de déclarer ses activités polluantes dans des pays où les régulations sont moins strictes, afin de réduire ses obligations environnementales. Par exemple, certaines entreprises du secteur minier ou pétrolier exploitent des ressources naturelles dans des pays aux lois environnementales laxistes, tout en déclarant leurs profits dans des paradis fiscaux pour éviter de payer des taxes dans les pays où elles opèrent réellement. Le greenwashing, quant à lui, consiste à donner une image écologique à une entreprise ou à un produit sans que cela ne corresponde à des actions réelles. Ces pratiques sont souvent difficiles à détecter, car elles s'appuient sur des montages juridiques complexes et des lacunes dans les contrôles internationaux.
Une nouvelle forme de criminalité environnementale émerge avec la digitalisation : la cybercriminalité verte. Elle regroupe des activités illégales liées à l'économie numérique qui ont un impact négatif sur l'environnement. Par exemple, le minage de cryptomonnaies, comme le Bitcoin, consomme une quantité colossale d'énergie, souvent produite à partir de sources fossiles. En 2023, la consommation électrique annuelle du Bitcoin était estimée à 120 térawattheures, soit plus que celle de pays comme la Norvège ou l'Argentine. Cette activité, souvent réalisée dans des pays où l'électricité est bon marché et produite de manière polluante, contribue à l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Les cybercriminels exploitent également des failles dans les systèmes de compensation carbone pour vendre des crédits carbone frauduleux, privant ainsi les projets légitimes de financements et aggravant la déforestation.
Les États jouent un rôle ambigu dans la criminalité environnementale, à la fois comme victimes et comme complices. D'un côté, certains gouvernements ferment les yeux sur des pratiques illégales pour attirer des investissements étrangers ou soutenir des industries locales. Par exemple, en Amazonie, des autorités locales ont été accusées de tolérer l'exploitation illégale du bois ou l'orpaillage clandestin en échange de pots-de-vin. De l'autre, des États comme l'Union européenne renforcent leurs législations pour lutter contre ces crimes. En 2023, l'UE a adopté une directive imposant aux entreprises de vérifier que leurs chaînes d'approvisionnement ne contribuent pas à la déforestation ou à des violations des droits humains. Cependant, l'application de ces lois reste inégale, et des pays comme la Chine ou les États-Unis, principaux consommateurs de ressources naturelles, sont souvent pointés du doigt pour leur manque de coopération internationale.
Face à l'évolution de la criminalité environnementale, des innovations technologiques sont développées pour la combattre. Les *blockchains* sont utilisées pour tracer les ressources naturelles, comme le bois ou les minerais, depuis leur extraction jusqu'à leur commercialisation. Par exemple, des projets comme *Provenance* ou *IBM Food Trust* permettent de certifier l'origine légale d'un produit en enregistrant chaque étape de sa chaîne d'approvisionnement dans un registre infalsifiable. Les satellites et l'intelligence artificielle (IA) sont également employés pour détecter des activités illégales, comme la déforestation en temps réel ou les rejets illégaux de polluants dans les cours d'eau. En 2022, l'ONG *Global Forest Watch* a utilisé ces outils pour identifier plus de 4 millions d'hectares de forêt déboisés illégalement en Amazonie. Ces technologies, bien que prometteuses, soulèvent des questions éthiques et des défis en termes de protection des données.

