Afghanistan: cinq ans après la prise du pouvoir par les talibans, les femmes ont disparu de la vie publique
En Afghanistan, les autorités ont multiplié les décrets restreignant les droits des femmes et des filles à étudier, à travailler et à agir de manière indépendante. La situation a atteint un point critique, selon plusieurs organisations internationales..
Le 15 août 2021, les talibans ont repris le contrôle de l'Afghanistan après deux décennies d'absence du pouvoir. Ce retour s'est accompagné de scènes de chaos, notamment à l'aéroport de Kaboul où des milliers de personnes ont tenté de fuir le pays. Les talibans ont rétabli un gouvernement islamique strict, marquant le début d'une période de restrictions massives pour les femmes afghanes. Ce régime s'inscrit dans une tradition de gouvernement islamique conservateur, où les lois sont fondées sur une interprétation rigoriste de l'islam. Les talibans avaient déjà dirigé l'Afghanistan de 1996 à 2001, imposant des règles similaires, avant d'être évincés par une intervention militaire internationale.
Depuis leur retour au pouvoir, les talibans ont systématiquement écarté les femmes de la vie publique en Afghanistan. Plus de 160 décrets ont été promulgués pour restreindre leurs droits, selon les Nations unies. Ces mesures incluent l'interdiction d'accéder à l'éducation secondaire et supérieure, ainsi que des restrictions strictes en matière d'emploi, de liberté de mouvement et d'expression. Les femmes doivent respecter un code vestimentaire très strict, souvent interprété comme une obligation de porter la burqa (un voile intégral couvrant tout le corps) ou au moins un hijab (voile couvrant les cheveux). Ces politiques rappellent celles appliquées lors du premier régime taliban dans les années 1990.
L'Afghanistan est aujourd'hui le seul pays au monde à interdire officiellement l'accès à l'éducation pour les filles et les femmes au-delà du niveau primaire. Cette restriction touche près de 20 millions d'Afghanes et prive une nouvelle génération de filles de tout espoir d'avenir éducatif. L'UNESCO, l'organisation des Nations unies pour l'éducation, a alerté sur les conséquences dramatiques de cette exclusion, soulignant que chaque fille privée d'école représente un retard irréversible pour le développement du pays. Les femmes afghanes ne peuvent plus étudier dans les universités, ni même obtenir des diplômes de niveau secondaire.
Les restrictions imposées par les talibans vont au-delà de l'éducation et de l'emploi. Les femmes doivent obtenir l'autorisation d'un proche de sexe masculin (mahram) pour sortir de chez elles. Selon un rapport de l'ONU, 90 % des Afghanes interrogées déclarent devoir respecter cette règle, et la moitié d'entre elles ne sortent qu'une à deux fois par mois. Les proches et les voisins sont mobilisés pour faire respecter ces normes, transformant les règles patriarcales traditionnelles en obligations légales. Cette surveillance étend le contrôle de l'État jusqu'au cœur des foyers, créant un climat de peur et d'isolement pour les femmes.
Les politiques des talibans aggravent une crise humanitaire et économique déjà existante en Afghanistan. Les femmes et les filles sont particulièrement touchées par la pauvreté, qui s'est intensifiée depuis 2021. Un rapport de l'ONU indique que l'exclusion des femmes de la vie publique a un impact « alarmant » sur leur quotidien, avec des niveaux élevés de stress, d'inquiétude et de détresse psychologique. Les femmes interrogées dans ce rapport décrivent un sentiment d'isolement et de désespoir, aggravé par l'impossibilité d'accéder à des emplois ou à une éducation. Près de 20 millions d'Afghanes sont progressivement effacées de la vie publique, selon les estimations.
Les Nations unies ont qualifié la situation en Afghanistan de « pire régression des droits des femmes au monde » ces dernières décennies. L'agence onusienne chargée des questions relatives aux femmes a souligné que l'Afghanistan est le seul pays à avoir démantelé les droits de la moitié de sa population par des lois et des politiques. Malgré ces condamnations, le monde semble peu à peu s'accommoder de cette situation. Des organisations comme l'UNESCO appellent au rétablissement complet du droit à l'éducation pour les filles et les femmes, mais aucune solution concrète n'a encore été trouvée pour faire pression sur les talibans.

