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Face aux marchés, Andy Burnham aura-t-il les moyens de ses ambitions ?

The Conversation France · mis à jour il y a 23 j

Keir Starmer ayant démissionné le 22 juin dernier, Andy Burnham s’apprête à s’installer au 10, Downing Street . Dix ans après le référendum de 2016, les promesses du Brexit n’ont été que partiellement tenues, tant le Royaume-Uni et l’Union européenne restent étroitement imbriqués.

Nouveau Premier ministre

Andy Burnham s’apprête à devenir le septième Premier ministre britannique de la décennie, succédant à Keir Starmer le 20 juillet 2026. Ancien maire de Manchester et ministre sous Gordon Brown, il incarne une ligne réformiste modérée, qualifiée de « soft left » (centre-gauche modéré). Son projet vise à renforcer l’État britannique en contrôlant les infrastructures essentielles, en protégeant le niveau de vie des citoyens et en engageant une décentralisation du pouvoir, notamment en dehors des régions celtiques (Écosse, Pays de Galles, Irlande du Nord). Il propose également un rapprochement prudent avec l’Union européenne, sans pour autant revenir sur le Brexit. Son approche se distingue des politiques néolibérales de Margaret Thatcher et du New Labour (1997-2010), tout en cherchant à rassurer les marchés financiers, très influents au Royaume-Uni.

Brexit : un héritage complexe

Dix ans après le référendum de 2016, le Royaume-Uni reste profondément lié à l’Union européenne malgré le Brexit. Les négociations post-sortie, marquées par des accords partiels, des incompréhensions et des tensions, illustrent cette dépendance persistante. Le Brexit promettait une souveraineté retrouvée, mais le pays fait face à des défis majeurs : crise économique, inégalités territoriales, fragmentation politique et montée des velléités indépendantistes en Écosse, au Pays de Galles et en Irlande du Nord. Le processus de dé-européanisation (suppression de l’influence directe de l’UE) s’est révélé complexe. Dans de nombreux domaines, comme les normes alimentaires, l’environnement ou la finance, le Royaume-Uni a finalement adopté ou adapté les règles européennes, plutôt que de s’en affranchir. La City de Londres, cœur financier du pays, reste particulièrement protégée des changements radicaux.

Rôle des marchés financiers

Au Royaume-Uni, les gouvernements successifs sont fortement influencés par les marchés financiers, une situation décrite par l’économiste Wolfgang Streeck comme celle d’un « État de consolidation budgétaire ». Cela signifie que la priorité des dirigeants est souvent de préserver la confiance des investisseurs et des créanciers, plutôt que de répondre aux demandes sociales. Cette dépendance s’est illustrée en 2022, lorsque les projets économiques ultra-libéraux de la Première ministre Liz Truss ont provoqué une fuite des capitaux et forcé sa démission après seulement 49 jours au pouvoir. Andy Burnham, bien que plus interventionniste, doit donc rassurer les marchés pour éviter un scénario similaire. La dette publique britannique atteint 93,5 % du PIB (selon l’OCDE en 2026), ce qui renforce cette pression. La City de Londres, avec son poids économique, joue un rôle clé dans cette dynamique, limitant la marge de manœuvre des gouvernements.

Défis économiques et sociaux

Le Royaume-Uni fait face à une stagnation du pouvoir d’achat pour la majorité des ménages, une dégradation des infrastructures (routes, écoles) et des inégalités de richesse plus marquées qu’ailleurs en Europe, tant en termes de revenus que de patrimoine. Les politiques de privatisations et de partenariats public-privé (PPP) menées depuis les années 1980 ont souvent conduit à une captation des profits par des actionnaires et des consultants, au détriment des investissements publics. Par exemple, les secteurs de l’eau, de l’énergie, du ferroviaire et du logement souffrent d’un manque de modernisation. Pourtant, les impôts et la dette publique ont continué d’augmenter. Les Britanniques paient ainsi plus cher que les autres Européens pour des services et des infrastructures de moindre qualité. Dans ce contexte, Andy Burnham doit concilier ses ambitions sociales avec les contraintes imposées par les marchés et le poids de la dette.

Ce que ça pourrait changer

Le paysage politique britannique est marqué par une fragmentation croissante. Le *Bregret* (regret du Brexit) progresse parmi les écologistes et les libéraux-démocrates, tandis que l’extrême droite du parti *Reform UK* gagne en influence. Les accords post-Brexit, laborieusement négociés et souvent incomplets, ajoutent à l’incertitude. Andy Burnham hérite d’un État *« lost in Brexit »* (perdu dans les conséquences du Brexit), où les promesses de souveraineté pleine et entière se heurtent à une réalité économique et politique complexe. Son défi sera de trouver un équilibre entre ses objectifs de justice sociale, de décentralisation et de rapprochement avec l’UE, tout en évitant les pièges des marchés financiers et des tensions internes au pays.

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