En Colombie, le président De la Espriella lance “l’ère du Tigre” avec une déclaration de guerre
À peine investi, le président d’ultra-droite a annoncé la fin de la “paix totale” et assumé une stratégie de confrontation avec les groupes armés et narcotrafiquants. Dans un pays marqué par 60 ans de conflit, ce choix acte une rupture nette avec le mandat de son prédécesseur de gauche, Gustavo Petro..
Abelardo de la Espriella, avocat spécialisé dans la défense de narcotrafiquants et de paramilitaires, a pris ses fonctions de président de la Colombie le 7 août 2026 à Cali, une ville du sud-ouest du pays. Son investiture a été marquée par une cérémonie en deux temps : d'abord dans une université locale, entourée de sa famille et de représentants religieux, puis face à un bataillon militaire. Plus de 11 000 policiers et soldats ont été déployés pour assurer la sécurité de l'événement. De la Espriella s'est présenté comme un homme d'ordre, promettant de restaurer l'autorité de l'État face aux groupes criminels. Son surnom, l'ère du Tigre, symbolise cette volonté de fermeté. Il a reçu le soutien de plusieurs chefs d'État d'Amérique latine, dont ceux de l'Argentine, du Chili et de l'Équateur, ainsi que d'une délégation américaine dédiée à la lutte contre le narcotrafic.
Le nouveau président a annoncé la fin de la paix totale, une politique mise en place par son prédécesseur de gauche, Gustavo Petro, qui visait à négocier avec les groupes armés et les narcotrafiquants pour mettre fin à 60 ans de conflit en Colombie. De la Espriella a clairement indiqué que le dialogue était désormais terminé et que la Colombie entrerait dans une phase de confrontation directe avec ces groupes. Cette rupture marque un changement radical par rapport aux quatre années précédentes, où le gouvernement précédent avait tenté de désamorcer les tensions par des négociations. Les groupes armés, comme les guérillas ou les cartels, avaient profité de cette période pour se renforcer, comptant désormais plus de 27 000 membres actifs.
Parmi les premières actions annoncées par De la Espriella figurent des mesures strictes pour rétablir l'ordre. Il a ordonné la reprise des fumigations aériennes des cultures de coca, une plante utilisée pour produire de la cocaïne, malgré les controverses écologiques et sanitaires que cette méthode suscite. Il a également annoncé la redéfinition des organisations considérées comme terroristes, ce qui pourrait élargir la liste des cibles légitimes pour des opérations militaires, comme des bombardements. Une autre mesure phare est la construction de nouvelles méga-prisons pour incarcérer les membres des groupes criminels. Ces actions s'inscrivent dans une stratégie globale de répression, soutenue financièrement par un milliard de dollars promis par les États-Unis.
La Colombie est un pays marqué par un conflit armé complexe, impliquant des guérillas d'extrême gauche (comme les FARC, démobilisées partiellement en 2016), des paramilitaires d'extrême droite, l'armée régulière et des cartels de la drogue. Bien que l'accord de paix avec les FARC ait réduit l'intensité des violences, d'autres groupes armés ont pris le relais, profitant des périodes de négociation pour étendre leur influence. Le sud-ouest du pays, où se trouve Cali, est particulièrement touché par le narcotrafic, avec 261 000 hectares de cultures de coca en 2024, selon l'ONU. De la Espriella a également annoncé des réformes économiques, comme l'autorisation de la fracturation hydraulique pour exploiter des ressources naturelles et une baisse des impôts pour les grands patrimoines, des mesures qui pourraient diviser la population.
L'arrivée au pouvoir de De la Espriella est perçue comme un virage à droite pour la Colombie, après quatre années de gouvernement de gauche avec Gustavo Petro. Ce changement s'inscrit dans une tendance plus large en Amérique latine, où plusieurs pays élisent des dirigeants populistes de droite. Les États-Unis, alliés traditionnels de la Colombie dans la lutte contre le narcotrafic, ont réagi positivement en promettant un milliard de dollars d'aide. Cependant, cette politique de fermeté pourrait raviver les tensions internes et relancer les cycles de violence, alors que le pays cherche encore à se reconstruire après des décennies de conflit. Cali, ville symbolique de cette transition, a été le théâtre de grandes mobilisations sociales contre les gouvernements conservateurs dans le passé.

