Moustique-tigre : le changement climatique étend le risque de dengue à presque toute la France
Une femelle _Aedes albopictus_ se nourrissant de sang humain. James Gathany , CC BY L’ESSENTIEL Le moustique-tigre pourrait conquérir jusqu’à 96 % de la France hexagonale d’ici à 2085.
Le moustique-tigre (Aedes albopictus), présent en France depuis 2004, pourrait coloniser jusqu’à 96 % du territoire hexagonal d’ici 2085, selon une étude récente. Cette expansion concerne presque toute la France, à l’exception des zones de haute montagne et peut-être de certaines régions intérieures du nord. Le changement climatique, notamment l’augmentation des températures, favorise cette propagation. En effet, des températures plus élevées accélèrent la reproduction, la survie et l’activité du moustique, qui pique plus fréquemment. Ce phénomène s’inscrit dans une tendance globale où le réchauffement climatique modifie la répartition géographique des espèces, comme le montre cette étude publiée dans The Conversation.
L’expansion du moustique-tigre s’accompagne d’un risque accru de transmission de maladies comme la dengue, le Zika ou le chikungunya. Ces virus, autrefois cantonnés aux régions tropicales, pourraient désormais émerger dans la plupart des zones colonisées par l’insecte en France. Une étude souligne que 72 % à 96 % du territoire hexagonal deviendrait favorable à l’implantation du moustique selon deux scénarios climatiques : un réchauffement de +1,8 °C (scénario « moyenne pression ») ou de +3 °C (scénario « haute pression ») d’ici 2085. Les zones rurales et périurbaines seraient particulièrement vulnérables, car chaque moustique y pique un nombre réduit de personnes de manière répétée, augmentant les chances de propagation des virus.
Pour établir ces prévisions, les chercheurs ont utilisé des modèles mathématiques simulant la population de moustiques en fonction de paramètres comme la température, les précipitations ou l’abondance des sites de reproduction. Ces modèles intègrent des projections du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) pour les soixante prochaines années, en distinguant deux trajectoires climatiques. Le premier scénario, dit « haute pression », prévoit un réchauffement de +3 °C entre 2066 et 2085 par rapport à la période 1986-2005, tandis que le second, « moyenne pression », table sur +1,8 °C. Ces outils permettent d’anticiper les zones à risque et d’adapter les stratégies de prévention.
Contrairement aux idées reçues, les zones rurales et périurbaines seraient plus exposées aux risques de transmission que les grandes villes. Bien que ces dernières abritent davantage de moustiques, leur densité humaine élevée limite la propagation des virus. À l’inverse, dans les zones moins peuplées, chaque moustique pique un nombre restreint de personnes, ce qui augmente la probabilité de transmission. Par ailleurs, les hivers doux pourraient permettre aux moustiques de rester actifs toute l’année, sans phase d’hibernation. Cette étude met en lumière l’importance de comprendre ces mécanismes pour mieux cibler les actions de prévention.
Pour affiner ces prévisions, les chercheurs soulignent la nécessité d’études plus locales, analysant l’interaction entre le *moustique-tigre* et l’humain en fonction de facteurs comme la végétalisation des villes, la gestion de l’eau ou les méthodes de lutte anti-vectorielle. À Montpellier, des modélisateurs collaborent avec les collectivités et les agences de santé publique pour développer un outil accessible au public, baptisé « météo des moustiques ». Cet instrument, inspiré des prévisions météorologiques, permettrait d’informer les citoyens sur les risques à court terme. Ces travaux visent à renforcer la prévention et à adapter les politiques de santé publique face à l’expansion de l’insecte.

