Le plus grand puits de carbone de la planète pourrait se transformer en source de CO₂ après la neutralité carbone
Alors que la neutralité carbone constitue l’un des principaux objectifs climatiques mondiaux, de nouvelles simulations suggèrent que la baisse des niveaux de CO₂ atmosphérique pourrait faire passer l’océan Austral du statut de puits de carbone à celui de source de CO₂. Cette évolution, qui intervient dans les simulations malgré la baisse du CO₂ atmosphérique, pourrait […] Cet article Le plus grand puits de carbone de la planète pourrait se transformer en source de CO₂ après la neutralité carbone est apparu en premier sur Trust My Science..
Les forêts boréales, qui couvrent environ 17 % des terres émergées de la planète, jouent un rôle clé dans la régulation du climat. Elles absorbent naturellement du dioxyde de carbone (CO₂), un gaz à effet de serre responsable du réchauffement climatique, grâce à la photosynthèse des arbres et des plantes. Ces forêts agissent comme un puits de carbone, c’est-à-dire un réservoir naturel qui stocke le CO₂ présent dans l’atmosphère. Leur importance est telle qu’elles absorbent actuellement environ 30 % des émissions mondiales de CO₂ liées aux activités humaines. Les principales forêts boréales se trouvent en Russie, au Canada, en Alaska et en Scandinavie.
La neutralité carbone désigne un équilibre entre les émissions de CO₂ produites par les activités humaines et les quantités absorbées par les puits de carbone naturels ou artificiels. L’objectif est d’atteindre un bilan neutre, où le CO₂ émis est compensé par son absorption, afin de limiter le réchauffement climatique. Plusieurs pays et organisations, comme l’Union européenne, se sont engagés à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Cependant, une étude récente suggère que même après avoir atteint cet équilibre, les forêts boréales pourraient ne plus jouer leur rôle de puits de carbone.
Selon les chercheurs, les forêts boréales pourraient se transformer en sources de CO₂ après la neutralité carbone. Cela signifie qu’elles émettraient plus de CO₂ qu’elles n’en absorberaient, inversant leur rôle actuel. Ce phénomène s’expliquerait par plusieurs facteurs liés au changement climatique, comme l’augmentation des températures, les sécheresses prolongées ou les incendies de forêt plus fréquents. Ces événements stressent les écosystèmes forestiers, réduisant leur capacité à stocker le carbone. Les scientifiques estiment que ce basculement pourrait survenir dès la seconde moitié du XXIe siècle, bien avant 2100.
Plusieurs mécanismes expliquent pourquoi les forêts boréales pourraient devenir des émetteurs nets de CO₂. D’abord, la hausse des températures accélère la décomposition de la matière organique dans les sols, libérant du CO₂ stocké depuis des siècles. Ensuite, les incendies de forêt, de plus en plus intenses et fréquents, détruisent la végétation et libèrent du carbone accumulé dans les arbres. Enfin, le permafrost (sol gelé en permanence) qui fond en raison du réchauffement climatique pourrait libérer d’énormes quantités de CO₂ et de méthane, un autre gaz à effet de serre bien plus puissant que le CO₂.
Si les forêts boréales deviennent des sources de CO₂, cela aggraverait significativement le changement climatique. Leur rôle actuel de régulateur du climat serait perdu, et leur contribution aux émissions mondiales augmenterait. Selon les projections, cela pourrait ajouter entre 10 et 20 % de CO₂ supplémentaire dans l’atmosphère d’ici 2100, accélérant le réchauffement. Les scientifiques soulignent que cette évolution rendrait encore plus difficile l’atteinte des objectifs climatiques fixés par l’Accord de Paris, qui vise à limiter le réchauffement à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle.
Pour éviter ce scénario, les chercheurs proposent plusieurs pistes. La première consiste à réduire drastiquement les émissions de CO₂ à l’échelle mondiale, afin de limiter le réchauffement et préserver les forêts boréales. La deuxième est de renforcer la protection et la gestion durable de ces écosystèmes, par exemple en luttant contre les incendies ou en restaurant les zones dégradées. Enfin, des techniques de capture et stockage du carbone (CSC) pourraient être déployées pour compenser les émissions résiduelles. Ces méthodes consistent à capturer le CO₂ émis par les industries ou les centrales électriques, puis à le stocker sous terre ou dans des matériaux.
Cette étude rappelle l’urgence d’agir pour protéger les forêts boréales, qui sont des acteurs majeurs dans la lutte contre le changement climatique. Sans une action rapide et coordonnée, leur transformation en sources de CO₂ pourrait devenir une réalité, avec des conséquences irréversibles. Les scientifiques appellent à une prise de conscience collective et à des mesures politiques ambitieuses pour préserver ces écosystèmes. Ils soulignent également l’importance de la recherche pour mieux comprendre les mécanismes en jeu et adapter les stratégies de protection.

