“Une folle envie de danser” : la ville turque de Van, défouloir d’Iraniens qui veulent décompresser
Des jeunes Iraniens mais aussi des familles affluent dans cette ville frontalière pour faire la fête ou du shopping, loin des mois de guerre et de violences politiques dans leur pays, raconte “The Wall Street Journal”..
La ville turque de Van, située en Anatolie orientale près de la frontière iranienne, est devenue une destination prisée par les Iraniens pour se détendre et évacuer le stress. Le Queen Festa, une boîte de nuit locale, illustre cette tendance : les clients, souvent des familles ou des groupes d’amis, s’y rendent pour danser sur des musiques mêlant farsi (langue iranienne) et turc, dans une ambiance festive. Hüseyin Asan, 32 ans, gérant de l’établissement, souligne que la fréquentation reflète un besoin de décompression après des mois de tensions. La ville est perçue comme un espace de liberté pour les Iraniens, où ils peuvent échapper temporairement aux contraintes politiques et sociales de leur pays.
Entre octobre 2023 et juillet 2024, l’Iran a connu une période de violences politiques et de conflits armés intenses, notamment des bombardements menés par Israël et les États-Unis. Ces événements ont provoqué des déplacements massifs de civils et une insécurité généralisée dans le pays. Le 8 juillet 2024, l’ancien président américain Donald Trump a annoncé la fin d’un cessez-le-feu précaire (accord temporaire de suspension des hostilités), ce qui a plongé la population iranienne dans un état de confusion et de soulagement mitigé. Les Iraniens interrogés à Van expriment à la fois de l’espoir et de l’inquiétude face à cette situation instable.
Pour les Iraniens, la frontière turque représente une échappatoire physique et psychologique. La ville de Van, proche de l’Iran, attire particulièrement les touristes en quête de répit. Le Queen Festa et d’autres établissements locaux profitent de cette affluence pour offrir des espaces de divertissement, où les clients peuvent consommer des boissons alcoolisées (comme le Chivas Regal, un whisky écossais) et danser sans les restrictions strictes imposées en Iran. Les Iraniens y trouvent un moyen de retrouver un semblant de normalité, même si cette liberté reste temporaire et limitée à la durée de leur séjour en Turquie.
Les boîtes de nuit comme le Queen Festa jouent un rôle social et économique dans la région. Elles emploient des locaux (comme Hüseyin Asan) et attirent des touristes iraniens, générant des revenus pour les commerces environnants. L’ambiance y est décrite comme familiale, avec des clients de tous âges, des couples aux groupes d’hommes, tous réunis autour de la piste de danse. Le DJ, en diffusant un mélange de musiques locales et iraniennes, crée une atmosphère propice à la détente. Ces lieux deviennent ainsi des espaces de sociabilité où les tensions politiques sont mises de côté, du moins le temps d’une soirée.
Malgré le soulagement apporté par le cessez-le-feu, les Iraniens expriment un sentiment d’isolement et de méfiance envers les puissances étrangères. Une phrase comme *« Vous allez nous laisser seuls avec Mojtaba ? »* (référence à Mojtaba Khamenei, fils du guide suprême iranien, souvent perçu comme une figure influente du régime) illustre cette crainte d’être abandonnés par la communauté internationale. Les Iraniens se sentent pris entre les violences internes et les incertitudes géopolitiques, ce qui renforce leur besoin de s’évader, ne serait-ce que pour quelques heures.

