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Les plantes, aussi

The Conversation France · mis à jour il y a 12 j

Les plantes nous nourrissent, les arbres nous fournissent de l’ombre et de la fraîcheur, les forêts sont nos alliées face au changement climatique. Malgré tous ces bénéfices, la lutte contre les insectes et les maladies qui ravagent les végétaux reste une question très peu médiatisée.

Plantes menacées par des fléaux

Les plantes, qu'elles soient cultivées pour l'alimentation, l'ornement ou présentes dans les forêts, sont régulièrement victimes de maladies et d'insectes ravageurs. Ces fléaux peuvent être liés à des carences en ressources (eau, nutriments), à des insectes herbivores ou à des microorganismes pathogènes comme des champignons ou des bactéries. Pour les cultures agricoles, des pratiques comme la fertilisation ou l'irrigation permettent de limiter ces problèmes. Cependant, les arbres et forêts sont plus vulnérables, car les méthodes de lutte chimique y sont souvent interdites ou strictement encadrées pour préserver la biodiversité et la santé humaine. Par exemple, la graphiose de l'orme, causée par un champignon, a presque disparu des ormes en Europe, en Asie et en Amérique du Nord au XXe siècle. L'agrile du frêne, un insecte de 1 cm, menace aujourd'hui les frênes sur la côte est de l'Amérique du Nord et a été détecté en Ukraine, Hongrie et Slovaquie. Enfin, un nématode du pin, un ver microscopique, a ravagé les forêts de pin au Portugal et en Espagne avant d'être repéré en France en novembre 2023, mettant en péril la filière du pin maritime.

Biosécurité : protéger les végétaux

La biosécurité désigne l'ensemble des mesures visant à prévenir l'introduction et la propagation d'organismes nuisibles (ravageurs, pathogènes) ou d'espèces exotiques envahissantes (EEE) en dehors de leur aire naturelle. Ces espèces, déplacées par le commerce ou le tourisme, peuvent causer des dommages environnementaux et économiques majeurs. La biosécurité repose sur un continuum d'actions : avant l'introduction (contrôles aux frontières), pendant (surveillance) et après (éradication ou gestion des foyers). Par exemple, le bois utilisé pour le transport (palettes, cales) doit subir un traitement thermique pour éliminer les larves d'insectes ou les spores de champignons. Les plantes ou graines transportées nécessitent un passeport phytosanitaire, un certificat attestant qu'elles sont exemptes de maladies au départ. Cependant, ce passeport ne concerne que les professionnels, et les particuliers jouent aussi un rôle clé en évitant de rapporter des végétaux ou graines de l'étranger.

Voyageurs et risques sanitaires

Les voyageurs représentent une source majeure d'introduction d'espèces exotiques. Une étude américaine a révélé que, entre 1984 et 2000, 60 % des 725 000 espèces exotiques interceptées dans les ports et aéroports des États-Unis provenaient des bagages des voyageurs, contre 30 % pour le fret. Par exemple, rapporter des fruits, des graines ou des plantes en pot depuis l'étranger peut introduire des insectes ou champignons cachés dans ces végétaux. Une fois introduits, ces organismes peuvent se disperser rapidement, comme l'agrile du frêne ou le nématode du pin. Les autorités rappellent donc une règle simple : ne pas rapporter de plantes, graines ou fruits dans ses bagages pour préserver la santé des végétaux locaux. Des affiches de prévention, comme celles placées dans les aéroports, illustrent ces consignes.

Détection et éradication des foyers

Lorsque des espèces exotiques parviennent à s'installer malgré les mesures de prévention, la détection précoce devient cruciale pour éviter leur propagation. Certaines espèces, comme l'agrile du frêne ou le chancre coloré du platane, sont classées comme organismes prioritaires de quarantaine au niveau européen. Leur détection déclenche des mesures obligatoires de surveillance et, si nécessaire, d'éradication. Par exemple, le longicorne asiatique, un insecte de 2 à 4 cm originaire d'Asie, a été détecté en France à Gien (2003), en Haute-Corse (2013) et dans l'Ain (2016). Les arbres infestés et ceux situés dans un rayon de 100 mètres ont été abattus, et la zone surveillée étroitement. En 2020, aucun autre arbre attaqué n'avait été détecté dans ces secteurs, montrant l'efficacité d'une intervention rapide. Cependant, une étude récente indique que les mesures d'éradication ne sont mises en œuvre que dans 10 % des cas pour les ravageurs des arbres, avec un taux de succès de seulement 50 à 60 %, faute de détection précoce.

Rôle des citoyens et médias

La santé des végétaux concerne l'ensemble de la société, car les plantes nourrissent les humains et les animaux, fournissent du bois et contribuent à la biodiversité. Pourtant, les enjeux de biosécurité sont souvent méconnus du grand public et même de certains professionnels. En France, la Plateforme d’épidémiosurveillance en santé végétale coordonne la surveillance des végétaux, tandis que des inspecteurs effectuent des contrôles visuels, des piégeages d'insectes ou des prélèvements en forêt. Les citoyens peuvent aussi jouer un rôle clé en signalant des symptômes inhabituels ou des insectes inconnus via des plateformes comme iNaturalist.org. Une étude a montré que les premières observations d'espèces exotiques envahissantes sont souvent signalées par des particuliers avant les autorités. Au Royaume-Uni, un réseau de bénévoles formés (Observatree) complète la surveillance institutionnelle et sensibilise la population. Les médias ont également un rôle à jouer pour informer le public sur ces enjeux, bien qu'ils ne puissent pas tout résoudre.

Ce que ça pourrait changer

Malgré l'existence de dispositifs de surveillance et de prévention, la biosécurité fait face à plusieurs défis. Une enquête en Allemagne a révélé une sous-estimation des risques liés aux ravageurs des arbres et une méconnaissance des réglementations par les professionnels. En France, la surveillance active et passive (via des bénévoles) est indispensable, mais peut ne pas suffire à couvrir l'ensemble du territoire. Pour améliorer la situation, il est nécessaire d'investir davantage dans la surveillance, de renforcer la formation des acteurs et de sensibiliser le public. Une étude souligne l'importance d'une médiatisation accrue des enjeux de biosécurité pour impliquer davantage de citoyens. Enfin, des initiatives comme le réseau **Observatree** au Royaume-Uni montrent que l'implication des bénévoles peut compléter efficacement les efforts institutionnels pour protéger les végétaux.

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