Pour une iconogenèse de gauche
Vitrines brisées, commerces pillés, poubelles brûlées… la droite gagne la bataille des images car ce qu’elle dénonce se photographie. Face à elle, le mouvement lycéen et la gauche pointent du doigt un système et des processus souvent invisibles, qui produisent moins d’images spectaculaires.
L’article souligne que la droite politique domine la bataille des images en France, car les événements qu’elle dénonce (comme les émeutes ou les pillages) sont visuellement frappants et faciles à filmer. Par exemple, le 17 octobre 2026, CNews diffuse en boucle l’image de la statue de la place de la République à Paris détruite par des manifestants. En revanche, les revendications de la gauche, comme le manque de professeurs ou des classes surchargées, sont moins photogéniques et restent souvent invisibles dans les médias. Les processus invisibles, comme les décisions politiques ou économiques, sont difficiles à illustrer, contrairement aux actes spectaculaires comme les violences urbaines ou les destructions matérielles.
Les chaînes d’information en continu, comme CNews, privilégient les images choc et répétitives pour capter l’attention. Par exemple, l’émission L’Heure des Pros de Pascal Praud a diffusé plusieurs jours de suite des sujets comme l’effondrement du campanile de l’hôtel de ville de Limoges ou les vitrines pillées à Paris. Ces images renforcent un récit médiatique selon lequel « le pays est un drame ». Même lorsque des moments de joie sont montrés, comme la visite du pape, ils sont présentés comme des reliques d’un passé idéalisé, et non comme une réalité actuelle. Les sujets comme le classement PISA ou les violences urbaines sont exploités pour alimenter une perception négative de la société.
La gauche peine à rendre visibles les problèmes structurels, car ceux-ci ne se manifestent pas par des images spectaculaires. Par exemple, les décisions des milliardaires, des industriels ou des pollueurs ne sont pas filmées en train de nuire, contrairement à un acte violent comme l’homicide de George Floyd par un policier, dont la vidéo a circulé mondialement. Les torts de la droite économique reposent sur des processus longs et complexes, comme des contrats opaques ou des politiques publiques invisibles, qui échappent à la caméra. Ces mécanismes, bien que réels, sont rarement mis en scène dans les médias grand public.
En octobre 2026, les lycéens manifestent pour des revendications comme des professeurs en nombre suffisant, des classes moins chargées ou des prix bloqués à la pompe. Cependant, ces demandes ne génèrent pas d’images fortes et sont souvent minimisées dans les médias. Par exemple, le 1er octobre, la situation est qualifiée d’« insurrectionnelle », tandis que le 13 octobre, le mouvement est décrit comme « artificiel ». Le 19 octobre, Pascal Praud annonce que les images des manifestations seront largement diffusées, mais celles-ci ne montrent pas les causes profondes des protestations, comme le manque de moyens dans l’éducation nationale.
L’auteur, Rémi Carlioz, directeur de création, propose une *iconogenèse de gauche*, c’est-à-dire une stratégie pour créer des images qui rendent visibles les problèmes structurels et les processus invisibles. Cela pourrait passer par des représentations alternatives des responsables politiques ou économiques, comme des infographies expliquant les mécanismes des inégalités ou des vidéos mettant en lumière les conséquences concrètes des politiques publiques. L’objectif est de contrer la domination des images spectaculaires de la droite en proposant une narration visuelle qui reflète les enjeux réels et les revendications de la gauche.

