Ce que vise le lobby patronal dans la campagne présidentielle
L’ESSENTIEL La Rencontre des entrepreneurs de France (REF), organisée par le Medef fin août, a réuni sept candidats à la présidentielle. Qui est le favori des patrons ? Le Medef veut peser dans le débat public, mais prétend ne pas faire de politique, à travers une approche strictement économique.
Le Medef (Mouvement des entreprises de France), principal syndicat patronal français, a organisé fin août 2026 la Rencontre des entrepreneurs de France (REF) à Roland-Garros. Cet événement a réuni sept candidats à l'élection présidentielle de 2027, dont certains ont tenté de séduire les quelque 4 000 patrons présents. Le Medef, souvent critiqué pour son manque d'influence, cherchait à réaffirmer son rôle central dans le débat économique. Patrick Martin, son président, a adopté une posture pragmatique en déclarant être prêt à collaborer avec le Rassemblement national (RN) ou La France Insoumise (LFI) si ces partis remportaient l'élection, au nom des principes républicains. Cette approche contraste avec les tensions internes du Medef, notamment après des polémiques liées à la réception du RN et à la création d'une nouvelle organisation patronale concurrente, Les Entrepreneurs (ex-CPME).
Lors de l'enquête menée par OpinionWay pour le Medef entre avril et juillet 2026 auprès de 65 872 dirigeants d'entreprises, cinq priorités majeures sont ressorties : réduire la fiscalité et les charges des entreprises (83 %), réindustrialiser la France (81 %), simplifier les normes administratives (75 %), réduire la dette et les dépenses publiques (75 %), et stabiliser les règles fiscales et sociales (74 %). Ces attentes reflètent une vision économique centrée sur la compétitivité et la réduction des contraintes. Cependant, l'enquête ignore des enjeux sociétaux comme l'immigration, l'Europe ou la démocratie, limitant son champ à une approche purement économique. Les dirigeants expriment aussi leur frustration face à la complexité administrative, avec des phrases comme « On est dans la folie normative » ou « On n’a pas les politiques qu’on mérite », illustrant leur sentiment d'être des vaches à lait de l'État.
Le Medef affirme ne pas faire de politique, se présentant comme un acteur économique neutre. Pourtant, ses statuts et la loi Pacte (2019) lui donnent une compétence large sur des sujets comme les mutations environnementales ou numériques, qui dépassent le cadre strictement économique. Cette contradiction révèle une stratégie de quiet politics (politique silencieuse), où l'influence s'exerce discrètement auprès des décideurs plutôt qu'à travers des prises de position publiques. Cette méthode, typique des grands lobbies comme l'Afep (Association française des entreprises privées), évite les débats idéologiques mais limite la visibilité des actions du Medef. Patrick Martin a ainsi justifié son pragmatisme en déclarant : « Nous sommes républicains et nous travaillerons avec ceux que les Français auront portés aux responsabilités », sans trancher entre les candidats.
Le Medef a opéré un virage dans sa relation avec le Rassemblement national (RN), une première en France. Patrick Martin a normalisé ce parti en déclarant être prêt à collaborer avec lui en cas de victoire, contrairement au patronat allemand qui refuse tout contact avec l'AfD (parti d'extrême droite). Cette normalisation s'inscrit dans une logique de pragmatisme, le Medef estimant ne pas avoir d'autre choix face à une situation politique peu lisible et risquée. Cependant, cette position divise le monde patronal : une minorité, comme l'association Impact France, s'inquiète de la montée de l'extrême droite pour des raisons éthiques et démocratiques. Par ailleurs, une partie du petit patronat soutient déjà des candidats d'extrême droite, notamment ceux de Reconquête et de Sarah Knafo, soutenue par des figures comme Vincent Bolloré.
Le monde patronal français est traversé par des fractures profondes. D'un côté, une minorité progressiste, comme Impact France, s'oppose à la normalisation de l'extrême droite et défend des valeurs éthiques et démocratiques. De l'autre, une partie du patronat, notamment parmi les petits entrepreneurs, soutient des candidats radicaux, comme ceux de Reconquête, dont Sarah Knafo incarne une ligne ultraconservatrice. Cette radicalisation est alimentée par la crainte d'une victoire de l'extrême gauche, poussant certains dirigeants à envisager un grand ménage fiscal, social et normatif. Ces tensions pourraient jouer un rôle clé dans l'élection présidentielle de 2027, où le patronat sera mis en question comme jamais auparavant.
Le Medef, malgré ses déboires récents (comme l'annulation de la *Business Pride* en 2025), tente de se repositionner comme un acteur incontournable du débat public. Son *Front économique*, lancé en 2024, peine à émerger, tout comme ses initiatives comme *Les Entrepreneurs* (ex-CPME), qui cherchent à peser face au Medef. Parallèlement, des think tanks libéraux comme l'*Institut Montaigne* préparent des contributions pour la campagne présidentielle. Cette période de transition révèle une crise d'identité du patronat français, tiraillé entre tradition et modernité, entre conservatisme et progressisme. L'élection de 2027 pourrait ainsi être un test pour déterminer si le patronat saura s'unir ou si ses divisions affaibliront son influence.

