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Généraliste

Espagne : comment la crise du logement a-t-elle mené à des élections anticipées?

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 2 j

Prévue pour le 29 novembre, l’élection devance de six mois la date d’échéance du mandat de Pedro Sánchez..

Crise du logement en Espagne

L’Espagne traverse en 2026 une crise du logement sans précédent, marquée par des difficultés croissantes pour se loger à un prix abordable. Ce problème a pris une ampleur nationale après l’expulsion controversée de Maricarmen Abascal, une retraitée de 87 ans, de son logement à Madrid à la fin septembre 2026. Deux semaines plus tard, elle décédait, ce qui a déclenché une vague de protestations massives dans tout le pays. Des dizaines de milliers de manifestants ont occupé la Puerta del Sol à Madrid, un lieu emblématique, et des affrontements avec la police ont éclaté dans plusieurs villes. La crise touche particulièrement les îles Canaries, où près de 30 % de la population est menacée de pauvreté et où le tourisme, priorité locale, aggrave la pénurie de logements abordables. Les loyers élevés, l’absence de contrôle des prix et le manque de logements sociaux depuis une décennie sont pointés du doigt comme causes principales.

Réponse du gouvernement

Face à la pression sociale, le gouvernement du premier ministre socialiste Pedro Sánchez a proposé début octobre 2026 deux mesures d’urgence pour atténuer la crise du logement. Ces propositions, rejetées par le Parlement, incluaient un plafonnement des loyers, une interdiction temporaire des expulsions et l’interdiction pour les entreprises d’acheter des logements. Une version modifiée de ces mesures a finalement été adoptée après l’annonce d’élections anticipées. Le gouvernement justifie ces actions par la nécessité de protéger les locataires, mais la droite, menée par le Parti populaire, critique ces mesures, estimant qu’elles pourraient réduire l’offre de logements en décourageant les investisseurs. Le gouvernement est également accusé d’avoir aggravé la crise en favorisant l’immigration, notamment via un programme de régularisation de travailleurs en situation irrégulière lancé plus tôt en 2026.

Élections anticipées

Pedro Sánchez a convoqué des élections législatives anticipées pour le 29 novembre 2026, soit six mois avant la fin normale de son mandat. Cette décision fait suite au rejet de ses propositions par le Parlement et à la pression des manifestations. Le premier ministre mise sur cette élection pour obtenir la majorité absolue au Congrès, qu’il n’a pas réussi à obtenir depuis 2018. Cependant, cette stratégie est risquée, car les sondages donnent actuellement l’avantage à la droite. Les élections pourraient aussi permettre à Sánchez de détourner l’attention des critiques à son encontre, notamment des enquêtes pour corruption visant son entourage et de la gestion de la crise migratoire dans l’enclave de Ceuta. Le Parti socialiste espère ainsi mobiliser les électeurs progressistes en plaçant le logement au cœur de sa campagne.

Montée de la droite

Le Parti populaire, principale force d’opposition, progresse dans les sondages et pourrait former une coalition avec le parti d’extrême droite Vox en cas de victoire. Cette alliance, qui semble probable selon les projections, marquerait un tournant politique en Espagne : ce serait la première fois depuis la transition démocratique de 1975 qu’un parti d’extrême droite entrerait au gouvernement national. Vox, dirigé par Santiago Abascal, est connu pour ses positions anti-immigration et son opposition aux politiques sociales. Le parti critique les mesures de plafonnement des loyers proposées par le gouvernement, qu’il juge inefficaces, et accuse le gouvernement d’avoir aggravé la crise du logement en étant trop favorable à l’immigration. Une victoire de cette coalition pourrait radicalement changer les politiques sociales et économiques du pays.

Ce que ça pourrait changer

La crise du logement a des répercussions dramatiques sur la population espagnole. Plus de 30 000 personnes sont inscrites sur des listes d’attente pour un logement social rien que dans les îles Canaries, où aucun logement social n’a été construit depuis une décennie. À l’échelle nationale, les logements sociaux ne représentent que 1,7 % du parc immobilier, un taux bien inférieur à la moyenne européenne. La **Banque d’Espagne** estime que le pays manque actuellement de 750 000 logements, un déficit qui devrait dépasser le million d’ici 2028. Des organisations comme *Derecho al Techo* (Droit au logement) aident des familles menacées d’expulsion, comme celle de Sofía Olivares, 25 ans, étudiante et porte-parole du groupe, qui dénonce le manque de logements abordables et l’inaction des gouvernements locaux. Garazi González, 36 ans, mère d’une fille, illustre l’angoisse des Espagnols : expulsée de son logement il y a quatre ans à cause d’une hausse de loyer, elle soutient les manifestations tout en craignant une victoire de l’extrême droite, qu’elle associe à une menace pour les droits sociaux.

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