Le prix de la dette 2/5 : Japon : le miracle de la dette publique est-il en train de prendre fin ?
Avec une dette de 230 % du PIB, le Japon inquiète les marchés. Malgré la hausse du coût de l'emprunt et un déficit public persistant, la Première ministre Sanae Takaichi promet de limiter l'endettement tout en maintenant une politique d'investissements massifs..
Le Japon détient le record mondial de la dette publique, avec un montant équivalent à 230 % de son produit intérieur brut (PIB) en 2026. Cette dette, bien que colossale, n’a jamais déclenché de crise financière majeure jusqu’à présent. La particularité du Japon réside dans le fait que plus de 80 % de ses créanciers sont des acteurs japonais, comme des banques locales ou des particuliers. De plus, la Banque du Japon (la banque centrale du pays) rachetait massivement la dette de l’État, ce qui maintenait les taux d’intérêt à un niveau très bas, voire négatif. Cette stratégie a permis au gouvernement de financer ses dépenses sans trop s’inquiéter des remboursements. Cependant, cette situation pourrait évoluer en raison de plusieurs facteurs économiques et politiques.
Le « miracle » japonais de la dette, c’est-à-dire la capacité de l’État à s’endetter massivement sans subir de crise, semble s’essouffler. Plusieurs éléments expliquent ce changement. D’abord, l’inflation est de retour au Japon, principalement à cause de la chute du yen face au dollar et à l’euro, ainsi que des crises énergétiques liées aux conflits en Ukraine et en Iran. La Banque du Japon a donc durci sa politique monétaire en réduisant ses rachats de dette publique et en augmentant progressivement son taux directeur, passé de 0 % à 1,25 % en 2026. Cette hausse des taux rend l’emprunt plus coûteux pour l’État, avec un taux d’intérêt à 3 % en 2026, un niveau inédit depuis trente ans. Les marchés financiers commencent à s’inquiéter de cette évolution.
La Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, en poste depuis un an, mène une politique économique ambitieuse mais risquée. D’un côté, elle promet des investissements publics massifs dans 17 secteurs stratégiques, comme l’intelligence artificielle (IA) et la robotique, pour stimuler la croissance. De l’autre, elle prévoit de réduire la TVA sur l’alimentation de 8 % à 1 %, une mesure visant à soutenir le pouvoir d’achat des ménages. Cependant, cette baisse de la TVA va réduire les recettes de l’État, créant un déficit supplémentaire. Les marchés financiers craignent que cette politique ne soit pas viable à long terme et qu’elle aggrave la dette publique, déjà à 230 % du PIB. Les États-Unis suivent de près la situation, car une crise au Japon pourrait avoir des répercussions mondiales.
Malgré les inquiétudes des marchés, la Première ministre japonaise affirme que la situation n’est pas pire qu’avant et qu’elle va s’améliorer. Cependant, les économistes soulignent les risques d’une politique aussi dépensière. Chaque année, le budget japonais intègre environ un quart de ses recettes sous forme d’emprunts, ce qui signifie que sans nouvelle dette, le déficit serait de plus de 4 % du PIB. Par ailleurs, la charge de la dette (les intérêts à payer) représente déjà un quart des dépenses totales de l’État. Pour rassurer les investisseurs, Sanae Takaichi promet de limiter le recours à l’endettement et de puiser dans les réserves en dollars et en euros du Japon. Pourtant, ces mesures ne suffisent pas à apaiser les craintes, certains médias titrant déjà : « La prochaine crise financière viendra-t-elle du Japon ? »
Le Japon se trouve à un carrefour économique et politique en 2026. D’un côté, le pays mise sur des secteurs innovants comme l’IA et la robotique pour relancer sa croissance. De l’autre, il doit faire face à une dette publique record et à une inflation qui complique la gestion des finances publiques. La Banque du Japon, qui a longtemps soutenu l’État en rachetant sa dette, réduit désormais ses interventions, ce qui augmente le coût de l’emprunt. La Première ministre tente de concilier relance économique et rigueur budgétaire, mais les marchés restent sceptiques. L’équilibre est fragile, et l’avenir du Japon dépendra de sa capacité à maîtriser sa dette tout en investissant dans l’innovation.

