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Rentrée politique : Marine Le Pen a-t-elle déjà gagné la présidentielle ?

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 3 j

Malgré sa condamnation en appel dans l'affaire des assistants parlementaires, Marine Le Pen caracole en tête des sondages et devance de plus de 15% les autres potentiels candidats à l'élection présidentielle. Entretien avec Frédéric Micheau, directeur général adjoint de l'institut d'OpinionWay..

Marine Le Pen en tête

Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national (RN), affiche un score stable d'intentions de vote compris entre 33 % et 35 % au premier tour de l'élection présidentielle, selon plusieurs instituts de sondage comme le CEVIPOF (centre de recherche de Sciences Po) ou OpinionWay. Ce niveau est exceptionnel : il dépasse de 15 points celui d'Édouard Philippe, son principal concurrent. Historiquement, aucun candidat n'avait atteint un tel score aussi tôt dans une campagne présidentielle sous la Ve République, où l'écart moyen entre les deux premiers candidats est de 7,36 %. Ce socle électoral repose sur une fidélité remarquable : 90 % des sympathisants du RN et 90 % des électeurs de 2022 de Marine Le Pen déclarent vouloir voter pour elle à nouveau. Cette stabilité contraste avec les précédents scrutins, où les candidats dépassant 30 % voyaient leur score fléchir après un événement marquant.

Normalisation du RN

La performance de Marine Le Pen s'explique par un travail de normalisation du Rassemblement national, mené depuis 2011, date à laquelle elle a pris la tête du parti. Ce processus vise à crédibiliser son image en atténuant les perceptions d'extrémisme. Les sondages montrent qu'elle surpasse désormais ses adversaires sur deux dimensions clés : la dimension personnelle (proximité, écoute des électeurs) et la dimension de compétence (capacité à gouverner et à représenter la France à l'international). Par exemple, elle est perçue comme plus compétente que les autres candidats sur la gestion des dossiers nationaux et internationaux. Ce travail a été renforcé par l'émergence de figures plus radicales comme Éric Zemmour ou Jean-Luc Mélenchon, qui ont indirectement banalisé la radicalité du RN.

Avantages concurrentiels

Marine Le Pen bénéficie de plusieurs atouts face à ses concurrents. D'abord, son expérience : elle se présente pour la quatrième fois à une élection présidentielle, ce qui lui confère une notoriété et une visibilité supérieures à celles des nouveaux candidats. Ensuite, l'échec des partis traditionnels : les partis ayant gouverné (PS, LR, LREM) sont jugés négativement par les Français, ce qui affaiblit leur crédibilité et renforce l'argument selon lequel le RN, n'ayant jamais exercé le pouvoir, pourrait offrir une alternative. Enfin, la faiblesse de la concurrence : ses rivaux directs, comme Éric Zemmour (3 à 4 %) ou Nicolas Dupont-Aignan (2 à 3 %), peinent à mobiliser un électorat significatif, laissant le champ libre à Marine Le Pen pour capter l'essentiel des voix de droite et d'extrême droite.

Arguments affaiblis

Deux arguments traditionnellement utilisés contre Marine Le Pen ont perdu de leur force. D'abord, l'argument de l'inéligibilité : l'idée que le RN ne peut pas gagner, souvent avancée par Nicolas Sarkozy en 2007 ou Éric Zemmour en 2021, n'est plus crédible face à des sondages qui la placent en tête. Ensuite, l'argument de l'inexpérience : bien que le RN n'ait jamais gouverné, cette faiblesse est désormais perçue comme un atout dans un contexte où les partis traditionnels sont discrédités. Les Français semblent prêts à lui donner une chance, comme en témoigne l'absence de rejet massif de sa candidature malgré son passé politique.

Risques et incertitudes

Malgré son avance, Marine Le Pen n'est pas à l'abri des aléas d'une campagne électorale. Plusieurs facteurs pourraient faire évoluer son score. D'abord, l'incertitude sur les candidats : certains, comme Gabriel Attal ou Édouard Philippe, ne sont pas encore officiellement déclarés, ce qui peut fausser les intentions de vote en leur faveur. Ensuite, les dynamiques de campagne : les débats, les événements médiatiques ou les programmes des autres candidats pourraient modifier les perceptions des électeurs. Enfin, la composition de son électorat : si une partie est fidèle, une autre est plus volatile et pourrait se détourner d'elle en cas de crise ou de révélation. Par exemple, en 2021, son score avait chuté de 13 points (de 28 % à 15 %) avant de remonter à 23 %.

Ce que ça pourrait changer

Les sondages actuels, mesurant Marine Le Pen entre **32 % et 35 %**, sont considérés comme fiables à l'instant T. Plusieurs instituts (CEVIPOF, OpinionWay, etc.) convergent vers ces chiffres, ce qui renforce leur crédibilité. Cependant, leur fiabilité dépend de plusieurs conditions : la stabilité de l'offre électorale, l'absence de surprises majeures et la capacité à anticiper les dynamiques de campagne. Les sondages ne sont pas des prédictions, mais des instantanés de l'opinion à un moment donné. Ils ne prennent pas en compte les rebondissements possibles, comme une crise économique ou un scandale politique, qui pourraient bouleverser les intentions de vote.

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