L'Action française et le Saint-Siège, le centenaire d'une condamnation 1926-2026
Colloque international organisé sous la direction d'Olivier Dard, Sorbonne Université, de Benoît Mérand et d'Adrien Champroux, Institut Catholique de Rennes.Lire la suite....
En 2026, la France et le Vatican commémorent le centenaire de la condamnation de l’Action française par le Saint-Siège. Cette décision, prise en 1926, marqua un tournant dans les relations entre l’Église catholique et ce mouvement politique nationaliste et monarchiste français. L’Action française, fondée en 1898 par Charles Maurras, prônait un nationalisme intégral, une idéologie qui rejetait la démocratie et défendait une vision traditionaliste de la société. Le Saint-Siège, dirigé par le pape Pie XI à l’époque, a jugé incompatible cette idéologie avec les principes chrétiens, notamment en raison de son athéisme affiché et de son rejet des valeurs démocratiques. Cette condamnation, appelée silence ou mise à l’Index des écrits de Maurras, interdit aux catholiques de lire ou de soutenir l’Action française sous peine de sanction religieuse.
Dans les années 1920, la France sort affaiblie de la Première Guerre mondiale et traverse une période de grande instabilité politique. L’Action française, mouvement créé en réaction à l’affaire Dreyfus, gagne en influence en promouvant un nationalisme radical et un rejet de la République. Charles Maurras, son principal théoricien, défend l’idée d’une monarchie autoritaire et d’un État fort, tout en critiquant violemment la démocratie et les valeurs des Lumières. Le Vatican, alors dirigé par Pie XI, voit dans cette idéologie une menace pour l’unité de l’Église et son enseignement social, qui prône une vision plus ouverte et moderne du christianisme. La condamnation de 1926 s’inscrit dans ce contexte de tension entre traditionalisme religieux et modernité politique.
La condamnation de l’Action française par le Saint-Siège en 1926 provoque une onde de choc dans les milieux catholiques français. Une partie de la hiérarchie ecclésiastique, comme l’archevêque de Paris, soutient cette décision, tandis que d’autres, notamment parmi les militants d’extrême droite, la dénoncent comme une ingérence politique. Charles Maurras et ses partisans refusent de se soumettre, affirmant que leur mouvement est avant tout patriotique et non religieux. Cette crise divise profondément les catholiques français, certains choisissant de quitter l’Église plutôt que de renoncer à leur engagement politique. La condamnation reste en vigueur jusqu’en 1939, date à laquelle le Vatican lève partiellement les sanctions après la mort de Maurras.
Pour marquer le centenaire de cette condamnation, un colloque scientifique est organisé le 9 décembre 2026 par des historiens et juristes. Cet événement, intitulé L’Action française et le Saint-Siège, le centenaire d’une condamnation 1926-2026, vise à analyser les causes, les conséquences et les répercussions de cette décision sur la société française. Les intervenants, issus de différentes disciplines, aborderont des thèmes comme l’influence de Maurras sur la pensée politique française, le rôle du Vatican dans les affaires politiques, ou encore l’impact de cette condamnation sur les relations entre l’Église et l’État en France. Ce colloque s’adresse aux chercheurs, étudiants et au grand public intéressé par l’histoire politique et religieuse.
L’étude de la condamnation de l’Action française en 1926 permet de mieux comprendre les tensions persistantes entre religion et politique en France. Ce mouvement, bien que marginalisé aujourd’hui, a marqué l’histoire intellectuelle et politique française du XXe siècle. Son héritage soulève des questions toujours actuelles : jusqu’où l’Église peut-elle s’immiscer dans les affaires politiques ? Comment concilier foi et engagement politique ? Ce colloque de 2026 offre l’occasion de revisiter ces débats à la lumière des événements historiques. Il met en lumière l’importance de l’histoire pour éclairer les défis contemporains, notamment dans un contexte où les questions identitaires et religieuses restent vives en Europe.

