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En Australie, 85 % des enfants utilisent encore les réseaux sociaux malgré leur interdiction : est-ce déjà un échec ?

The Conversation France · mis à jour il y a 14 j

La loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans a été votée le 21 juillet 2026 en France. En Australie, où une interdiction similaire a été adoptée six mois plus tôt, les effets semblent pour l’heure mitigés, un grand nombre d’adolescents ayant conservés leurs comptes en ligne.

Interdiction en Australie

En Australie, une loi interdisant l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans est entrée en vigueur en décembre 2025, six mois avant une mesure similaire en France. Cette décision vise à protéger les jeunes des risques liés à ces plateformes, comme le cyberharcèlement ou l'exposition à des contenus inappropriés. Les réseaux concernés incluent des plateformes populaires comme TikTok, X (anciennement Twitter), Facebook et Instagram. L'objectif n'est pas d'éliminer instantanément l'usage des réseaux sociaux chez les adolescents, mais de retarder leur accès pour en faire une norme moins ancrée dans leur quotidien. L'Australie est le premier pays au monde à tester cette approche, qui pourrait inspirer d'autres nations.

Échec à court terme

Six mois après l'application de l'interdiction, une étude publiée dans le British Medical Journal révèle que 85 % des enfants de moins de 16 ans continuent d'utiliser les réseaux sociaux, principalement via leurs propres comptes. Les chercheurs ont interrogé 408 adolescents avant et après la loi, en comparant ceux juste en dessous et juste au-dessus de la limite d'âge. Parmi les méthodes de contournement, la plus courante reste la simple déclaration d'un âge faux (deux tiers des cas), tandis que l'utilisation de faux comptes ou de la navigation privée est moins fréquente. Seuls 8 % des jeunes utilisent un VPN pour éviter les restrictions. Aucune différence significative n'a été observée entre les moins de 16 ans et les 16 ans et plus, indiquant que l'interdiction n'a pas réduit l'usage des réseaux sociaux à court terme.

Limites des contrôles

Les plateformes de réseaux sociaux présentent des failles inhérentes qui rendent difficile le blocage total des moins de 16 ans. Les mécanismes de vérification d'âge, comme la simple demande d'indiquer sa date de naissance, sont facilement contournables. Les entreprises de réseaux sociaux, bien que soumises à des pressions réglementaires, peinent à appliquer efficacement ces restrictions. L'étude souligne que ces limites ne signifient pas un échec de la loi, mais reflètent plutôt la complexité technique et sociale du problème. Les chercheurs notent aussi que leur analyse manque de puissance statistique, ce qui peut biaiser les résultats.

Analogie avec le tabac

L'interdiction australienne s'inspire d'une stratégie utilisée en santé publique pour lutter contre le tabac, comme la loi britannique de 2026 qui interdit la vente de tabac aux personnes nées après le 1er janvier 2009. L'objectif n'est pas d'arrêter les fumeurs actuels, mais de créer une génération pour laquelle fumer ne sera jamais une norme. De même, l'Australie espère que retarder l'accès aux réseaux sociaux réduira leur emprise sur les jeunes, en faisant de leur usage une pratique moins courante à l'âge adulte. Cette approche nécessite du temps et une pression constante sur les plateformes pour modifier les comportements.

Effets à long terme

Les chercheurs estiment que les bénéfices réels de l'interdiction ne seront visibles qu'après une dizaine d'années. Les effets les plus importants concerneront les enfants de moins de 8 ans, qui n'auront pas encore développé d'habitudes liées aux réseaux sociaux. Pour les adolescents, dont les usages sont déjà bien établis, le changement sera plus lent. L'Australie joue un rôle de laboratoire mondial, et d'autres pays pourraient adopter des mesures similaires. Cependant, la réussite dépendra de la capacité des autorités à maintenir une pression implacable sur les plateformes pendant des années, sans se décourager face aux premiers résultats mitigés.

Risques et conséquences

Comme toute loi restrictive, l'interdiction des réseaux sociaux pourrait avoir des effets imprévus. Par exemple, certains jeunes pourraient se tourner vers des applications moins surveillées ou des espaces en ligne moins visibles, rendant plus difficile la protection des mineurs. Une étude australienne antérieure sur le port du casque à vélo avait montré que certaines personnes avaient réduit leur pratique du vélo après l'entrée en vigueur de la loi. De même, les chercheurs craignent que l'interdiction ne pousse certains adolescents à adopter des comportements encore moins contrôlables. Ces risques ne remettent pas en cause la loi, mais soulignent la nécessité d'une évaluation continue et adaptée.

Ce que ça pourrait changer

L'*eSafety Commissioner*, une autorité australienne chargée de la sécurité en ligne, a joué un rôle central dans la mise en œuvre et le suivi de l'interdiction. Son rapport de mars 2026 indique que 7 enfants sur 10 ont conservé leurs comptes après la loi. L'étude du *British Medical Journal*, dirigée par Courtney Barnes de l'Université de Newcastle, a également contribué à évaluer l'impact de la mesure. Ces acteurs soulignent que l'évaluation de l'interdiction doit se concentrer sur des critères à long terme, comme l'évolution des normes sociales, plutôt que sur des données immédiates. Leur travail vise à fournir des preuves pour ajuster les politiques publiques futures.

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