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Culture

Nuits et jours de Leonor Fini 6/9 : Leonor Fini, l'illustration des "Fleurs du Mal"

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 5 j

En janvier 1965, Leonor Fini expose à la galerie Desbrière ses illustrations des "Fleurs du mal". Au micro, elle évoque sa fascination pour Baudelaire, sa vision des femmes, le travail de la lithographie et son regard sans complaisance sur les bibliophiles..

Exposition de 1965

En janvier 1965, l'artiste Leonor Fini présente à la galerie Desbrière à Paris une série d'illustrations des Fleurs du Mal, recueil de poèmes de Charles Baudelaire. L'exposition permet au public de découvrir l'intégralité de son travail pour ce projet : 24 lithographies réalisées avec l'imprimeur Desjobert et environ 70 dessins préparatoires. Initialement, l'éditeur Tchou avait proposé à Fini d'illustrer l'ouvrage complet, mais seuls les hors-textes (illustrations hors du texte principal) ont finalement été publiés dans le livre. Cette exposition offre ainsi une vision exhaustive de sa démarche artistique, fruit de deux à trois mois de création intense suivis d'une année de réalisation technique.

Fascination pour Baudelaire

Leonor Fini explique sa profonde attirance pour Charles Baudelaire par plusieurs aspects de sa personnalité et de son œuvre. Elle est notamment séduite par les côtés très féminins du poète, son narcissisme marqué et son rapport ambigu aux femmes, qu'il idolâtre tout en les traitant parfois comme des objets. Pour préparer ses illustrations, Fini relit l'intégralité des Fleurs du Mal et s'isole pendant tout un été afin de se concentrer pleinement. Son inspiration puise d'abord dans les portraits de Jeanne Duval, muse et maîtresse de Baudelaire, qu'elle dessine elle-même, avant d'explorer d'autres figures comme celles des Petites vieilles, personnages emblématiques du recueil.

Processus créatif détaillé

Le processus de création des illustrations s'étend sur environ une année et demie, avec une phase initiale de deux à trois mois de travail fiévreux pour esquisser les idées. Leonor Fini utilise principalement la lithographie, une technique d'impression où l'artiste dessine sur une pierre calcaire avec un crayon gras, avant que l'image ne soit reportée sur du papier. L'imprimeur Desjobert joue un rôle clé dans la réalisation technique des lithographies. Fini souligne l'importance de l'isolement pour éviter les distractions, ce qui lui permet de se concentrer sur la traduction visuelle des thèmes baudelairiens, comme la mélancolie, la beauté ou la dualité humaine.

Vision du livre d'art

Leonor Fini exprime une critique envers le monde du livre d'art, qu'elle juge trop élitiste. Elle regrette que les éditions de luxe, souvent tirées à un nombre confidentiel d'exemplaires, ne soient accessibles qu'à une minorité de collectionneurs. Son idéal serait une édition de demi-luxe, alliant une qualité graphique irréprochable à un tirage plus large, même si cela peut paraître blasphématoire aux yeux des puristes. Pour elle, l'essentiel est que le public puisse voir les originaux en galerie, afin de comprendre directement la vision de l'artiste sans intermédiaire. Cette exposition à la galerie Desbrière répond précisément à cette volonté de démocratisation de l'art.

Ce que ça pourrait changer

L'entretien avec Leonor Fini a été diffusé pour la première fois le 8 janvier 1965 dans l'émission *L'art vivant* sur France Culture. L'enregistrement est issu des archives de l'Ina (Institut national de l'audiovisuel) et a été édité par Radio France. Le podcast *Les Nuits de France Culture* propose régulièrement ce type de contenus, mêlant archives sonores et réflexions sur des thèmes variés comme l'histoire, la littérature, la philosophie ou les arts visuels. Ces émissions permettent de redécouvrir des œuvres et des artistes majeurs à travers des documents d'époque, souvent enrichis par des commentaires contemporains.

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