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Généraliste

Au milieu des surdoses, la quête d’harmonie entre la Maison Benoît Labre et Saint-Henri

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 12 j

Le déménagement du centre de consommation supervisée de cette ressource d'aide se fait toujours attendre..

Contexte du quartier

Saint-Henri, un quartier de Montréal, illustre un paradoxe frappant : à quelques mètres des terrasses animées du marché Atwater, la Maison Benoît Labre, un organisme d’aide aux personnes itinérantes et marginalisées, fait face à une crise de toxicomanie et d’itinérance. Depuis son déménagement en 2024, l’organisme a introduit un centre de consommation supervisée (SCS), où les personnes peuvent consommer des drogues dures comme le crack ou le crystal meth sous surveillance médicale pour éviter les surdoses. Ce centre, situé à seulement 143 mètres de l’école primaire Victor-Rousselot, a suscité des tensions avec les résidents, inquiets pour la sécurité des enfants. En novembre 2025, le gouvernement québécois a adopté la loi 103, imposant une distance minimale de 150 mètres entre un SCS et une école, ce qui force la Maison Benoît Labre à déménager son centre d’ici 2029.

Rôle de la Maison Benoît Labre

Fondée en 1952, la Maison Benoît Labre offre des services d’hébergement, de soutien social et de consommation supervisée. Elle gère actuellement 36 logements subventionnés, où des personnes comme Patricia, ancienne itinérante, ont pu se stabiliser après des années de dépendance. L’organisme emploie aussi des équipes de cohabitation, comme celle de Guillaume Bronsard, qui nettoient les espaces publics, médient les conflits et redirigent les personnes vers leurs services. Cependant, la demande dépasse largement l’offre : le centre de jour est saturé à 110-135% de sa capacité, et le SCS doit refuser deux personnes sur trois, les poussant vers des lieux non sécuritaires. Depuis 2024, 22 surdoses ont été évitées grâce à la naloxone (un médicament qui inverse les effets des opioïdes) dans le quartier, mais quatre surdoses ont été mortelles, dont certaines impliquant des jeunes de 20 ans.

Problématiques de cohabitation

Les tensions entre les résidents et les usagers de la Maison Benoît Labre se concentrent autour du parc-école Victor-Rousselot, situé derrière l’école primaire. Bien que le parc soit réservé aux enfants en journée, il est accessible au public le reste du temps. Selon un registre obtenu par la Coalition Victor-Rousselot, près de 90 incidents (consommation, comportements erratiques, seringues abandonnées) ont été recensés en 2024 et 2025. Pour limiter les risques, les équipes de la Maison Benoît Labre nettoient le parc tôt le matin avant l’arrivée des enfants, mais des usagers y passent parfois la nuit pour se cacher. Patricia, qui participe à ces efforts, souligne que seulement quelques individus sont à l’origine de la majorité des problèmes, rendant la situation plus complexe à gérer.

Déménagement et enjeux financiers

Le déménagement du centre de consommation supervisée, imposé par la loi 103, coûtera environ 6,6 millions de dollars à la Maison Benoît Labre, selon son mémoire déposé en 2026. Cette somme inclut l’achat d’un nouvel immeuble, les rénovations et les charges salariales. L’organisme a proposé des solutions de relocalisation rapide au gouvernement, mais attend toujours un plan clair. Andréane Désilets, directrice générale, craint que les problèmes ne soient simplement déplacés dans le quartier, car le nouvel emplacement serait proche du métro Lionel-Groulx, épicentre des difficultés. Elle souligne aussi une mauvaise communication : beaucoup de résidents pensent que tous les services de la Maison Benoît Labre vont déménager, alors seul le SCS est concerné.

Ce que ça pourrait changer

Face à l’urgence, la Maison Benoît Labre a appelé à une **réflexion collective** sur les services d’aide, jugeant que la crise dépasse les capacités d’un seul organisme. Andréane Désilets critique le manque de soutien gouvernemental, notamment l’arrêt en 2025 de la Stratégie nationale de prévention des surdoses (2022-2025), qui a laissé les petits organismes comme le sien sans ressources suffisantes. Pour elle, les solutions doivent passer par une approche **communautaire**, combinant hébergement, accompagnement social et réduction des risques. Le dossier pourrait devenir un sujet de débat lors des élections provinciales de 2026 dans la circonscription de Saint-Henri–Sainte-Anne, représentée par le député Guillaume Cliche-Rivard (Québec solidaire).

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