Les Européens devront peut-être payer plus cher et attendre plus longtemps pour obtenir leurs médicaments
Un même médicament coûte souvent bien plus cher aux États-Unis qu'en Europe. Pour corriger cet écart, Washington veut aligner ses tarifs sur les plus bas du monde, souvent européens.
L'Europe pourrait faire face à des retards d'approvisionnement et à une hausse des prix des médicaments d'ici quelques années. Cette situation s'explique principalement par une dépendance accrue aux importations de principes actifs, souvent produits hors d'Europe, notamment en Asie. Les chaînes d'approvisionnement, déjà fragilisées par la pandémie de Covid-19 et les tensions géopolitiques, pourraient être encore perturbées. Les médicaments concernés incluent des traitements courants comme les antibiotiques, les antidouleurs ou les médicaments contre le cancer. Cette dépendance expose les pays européens à des risques de rupture d'approvisionnement, surtout en cas de crise sanitaire ou de conflit commercial. Les laboratoires pharmaceutiques européens pourraient être contraints de réorganiser leurs chaînes de production pour réduire cette vulnérabilité, mais cela prendrait du temps et entraînerait des coûts supplémentaires, répercutés sur les prix pour les patients.
L'Asie, et plus particulièrement l'Inde et la Chine, joue un rôle central dans la production mondiale de principes actifs pharmaceutiques. Ces deux pays fournissent environ 60 % des ingrédients nécessaires à la fabrication des médicaments dans le monde. Cette concentration géographique s'explique par des coûts de production plus bas et une main-d'œuvre abondante. Cependant, cette dépendance expose l'Europe à des risques majeurs : perturbations logistiques, hausse des coûts de transport, ou encore risques géopolitiques liés aux tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine. Par exemple, en 2020, la pandémie a révélé la fragilité de ces chaînes d'approvisionnement, avec des retards de livraison et des pénuries de masques ou de médicaments. Les Européens pourraient donc devoir s'attendre à des délais plus longs pour recevoir leurs traitements, voire à des pénuries ponctuelles.
La hausse des coûts des médicaments en Europe pourrait être inévitable si les chaînes d'approvisionnement ne sont pas relocalisées ou sécurisées. Plusieurs facteurs expliquent cette augmentation potentielle des prix. D'abord, les coûts de production pourraient augmenter en raison de la relocalisation partielle des usines en Europe, où les normes sociales et environnementales sont plus strictes qu'en Asie. Ensuite, les frais de transport et de logistique, déjà élevés depuis la crise du Covid-19, pourraient continuer à grimper. Enfin, les laboratoires pharmaceutiques pourraient répercuter ces surcoûts sur les prix de vente, surtout si la demande reste stable ou augmente. Par exemple, certains médicaments génériques, déjà peu chers, pourraient voir leur prix doubler ou tripler en raison de ces contraintes. Les patients et les systèmes de santé publics pourraient donc devoir débourser plus pour les mêmes traitements.
Face à cette situation, l'Union européenne (UE) et les États membres pourraient mettre en place des mesures pour limiter les risques. Parmi les pistes envisagées, on trouve la relocalisation partielle de la production de principes actifs en Europe, afin de réduire la dépendance aux importations. L'UE pourrait également renforcer ses stocks stratégiques de médicaments critiques, comme elle l'a fait pour les équipements médicaux pendant la pandémie. Une autre solution serait de diversifier les sources d'approvisionnement, en développant des partenariats avec des pays comme le Maroc, le Brésil ou l'Afrique du Sud. Enfin, des incitations fiscales ou financières pourraient être proposées aux laboratoires pour qu'ils investissent dans des infrastructures de production locales. Ces mesures prendraient cependant plusieurs années à porter leurs fruits.
Les patients européens pourraient subir directement les conséquences de cette situation, avec des délais d'attente plus longs pour obtenir leurs médicaments et des prix plus élevés. Par exemple, un traitement contre le cancer ou une maladie chronique pourrait mettre plusieurs semaines de plus à être livré, en raison des retards dans les chaînes d'approvisionnement. Les médicaments génériques, souvent moins chers, pourraient devenir inaccessibles pour certains ménages, surtout ceux aux revenus modestes. Les systèmes de santé publics, déjà sous pression, pourraient être contraints de rationner certains traitements ou de prioriser les patients en fonction de la gravité de leur état. Cette situation pourrait également aggraver les inégalités d'accès aux soins entre les pays européens, selon leur capacité à négocier des prix ou à sécuriser leurs approvisionnements.

