La photographe iranienne Maryam Rahmanian : "Je dois suivre les règles, pour continuer à travailler en Iran"
La photographe iranienne Maryam Rahmanian était exceptionnellement présente en France pour la 33e édition du Prix Bayeux des correspondants de guerre, à l'occasion de l'exposition "Istadegi. Iran : tenir debout".
Maryam Rahmanian est une photographe iranienne née aux États-Unis, qui a choisi de s'installer en Iran il y a 20 ans pour y travailler. Elle est aujourd’hui l’une des rares journalistes à documenter le quotidien des Iraniennes et Iraniens, malgré les contraintes imposées par le régime. Son exposition Istadegi. Iran: tenir debout, présentée à Bayeux jusqu’au 8 novembre 2026, illustre son travail. Rahmanian collabore avec des médias internationaux comme Paris Match ou l’hebdomadaire allemand Der Spiegel. Son objectif est de transmettre l’histoire de son pays aux générations futures, une mission qu’elle considère comme un devoir professionnel et personnel.
Travailler comme photojournaliste en Iran expose à des risques importants. Maryam Rahmanian a été emprisonnée pendant un mois et placée à l’isolement il y a 11 ans. Depuis, elle évite soigneusement de franchir les lignes rouges définies par les autorités iraniennes, c’est-à-dire les sujets ou les actions interdits sous peine de sanctions sévères. Ces lignes rouges incluent notamment la couverture des manifestations ou la diffusion d’images jugées sensibles par le régime. Rahmanian explique qu’il est crucial de respecter ces règles pour obtenir l’autorisation de continuer à exercer son métier dans le pays.
Contrairement à sa collègue Yalda Moaiery, qui a été condamnée à 15 ans de prison pour avoir couvert les manifestations de janvier 2026, Maryam Rahmanian n’a pas pu photographier ces événements. Elle regrette cette restriction, mais souligne qu’elle n’avait pas le choix : les autorités iraniennes lui avaient explicitement interdit de travailler sur ce sujet. Cette situation illustre les limites imposées aux journalistes en Iran, où la liberté de la presse est fortement restreinte. Rahmanian se concentre donc sur d’autres aspects de la vie quotidienne, comme les mariages, les cafés ou les restaurants, tout en documentant les conséquences des deux guerres récentes et l’inflation galopante.
La vie en Iran est marquée par une forte incertitude, avec la crainte persistante d’un nouveau conflit armé et une inflation incontrôlable. Pourtant, malgré ces défis, la population iranienne tente de maintenir une vie normale. Rahmanian observe que les gens continuent de se rendre dans les cafés, les restaurants ou de célébrer des mariages. Elle décrit cette résilience comme une forme d’adaptation à une situation où la menace d’une guerre plus violente que les précédentes plane constamment. Son travail photographique cherche à capturer cette dualité entre l’inquiétude et la persistance des routines quotidiennes.
Maryam Rahmanian et Yalda Moaiery, toutes deux exposées à Bayeux, incarnent deux approches différentes du photojournalisme en Iran. Moaiery, qui a couvert les manifestations de janvier 2026, a été condamnée à 15 ans de prison et est actuellement assignée à résidence. Ses disques durs contenant ses photos ont été confisqués par les autorités, ce qui a compliqué la récupération de ses clichés. À l’inverse, Rahmanian a choisi de ne pas franchir les *lignes rouges*, une décision qui lui permet de continuer à travailler, mais au prix d’une liberté d’expression limitée. Leurs parcours illustrent les dilemmes auxquels font face les journalistes en Iran.

